Cambriolage : les 7 étapes pour être bien indemnisé.
La porte forcée, les tiroirs renversés, ce mélange de colère et de sidération. Après un cambriolage, ce que vous faites — et l'ordre dans lequel vous le faites — pèse directement sur votre indemnisation. Plainte, déclaration sous 2 jours ouvrés, preuves, expertise : la chronologie complète, étape par étape.
- Vérifiez d'abord que vous avez la garantie vol : elle est optionnelle et ne figure pas dans toutes les formules. L'assurance obligatoire du locataire (art. 7 g de la loi du 6 juillet 1989) ne couvre que les risques locatifs — incendie, explosion, dégâts des eaux — pas le vol.
- Ne touchez à rien avant le passage des forces de l'ordre : les traces d'effraction sont vos premières preuves.
- Déposez plainte au plus vite au commissariat ou à la gendarmerie : le récépissé est exigé par l'assureur.
- Vous avez 2 jours ouvrés pour déclarer le vol à votre assureur — délai plancher de l'article L113-2 du Code des assurances, votre contrat ne peut pas prévoir moins.
- Sans factures, tout se prouve quand même : photos, relevés bancaires, notices, emballages, témoignages sont recevables.
- La garantie vol suppose souvent un vol caractérisé (effraction, escalade, fausses clés) et le respect des moyens de protection prévus au contrat.
Étape 1 : pourquoi ne faut-il toucher à rien ?
Parce que la scène est votre premier dossier de preuve : traces d'effraction, désordre, empreintes éventuelles. Constatez, photographiez, mais ne rangez rien, ne réparez rien et ne nettoyez rien avant le passage des forces de l'ordre.
La porte fracturée, la fenêtre forcée, le volet arraché : ces traces caractérisent l'effraction exigée par la plupart des garanties vol — les effacer en rangeant trop vite, c'est compliquer l'enquête comme l'indemnisation.
Concrètement, dans les premières minutes :
- Assurez-vous que le logement est vide. Au moindre doute sur la présence des cambrioleurs, n'entrez pas : appelez la police ou la gendarmerie.
- Photographiez et filmez tout : le point d'entrée, les dégradations, chaque pièce en l'état.
- Repérez ce qui manque sans manipuler les objets déplacés.
- Sécurisez sans détruire les preuves : fermeture provisoire si la porte ne ferme plus, mais conservez la serrure forcée, photographiée avant toute intervention.
Étape 2 : quand et où déposer plainte ?
Au plus vite, au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie. Précision utile : le dépôt de plainte n'est pas une obligation légale — aucune disposition n'oblige la victime d'un cambriolage à porter plainte — mais toutes les conditions générales en font une condition de la garantie vol : sans récépissé, pas d'indemnisation. C'est aussi ce qui déclenche les recherches et permet, le cas échéant, la restitution des objets retrouvés.
Pour un auteur inconnu, la pré-plainte en ligne fait gagner du temps : signalement rempli depuis chez vous, signature sur rendez-vous — le déplacement reste nécessaire. En flagrant délit, appelez le 17.
Lors du dépôt, soyez précis : date et heure estimées, mode opératoire apparent, liste provisoire des biens dérobés — vous pourrez la compléter dans les jours qui suivent, pour la plainte comme pour l'assureur. Signalez aussi les numéros de série connus (téléphones, ordinateurs, vélos) : ils facilitent l'identification en cas de revente.
Étape 3 : quel délai pour déclarer le vol à l'assureur ?
2 jours ouvrés à compter du moment où vous avez connaissance du cambriolage. C'est le délai minimal fixé par l'article L113-2 du Code des assurances pour le vol : votre contrat peut prévoir plus, jamais moins. C'est le délai le plus court de tous les sinistres habitation — plus de deux fois plus serré que le plancher de 5 jours ouvrés qui s'applique à un dégât des eaux.
Déclarez par téléphone, depuis l'espace client ou par courrier recommandé, avec ce que vous avez déjà : numéro de contrat, date de découverte, circonstances, récépissé de plainte, photos, liste provisoire des biens volés et dégradés. Une déclaration incomplète mais dans les délais vaut mieux qu'un dossier parfait envoyé trop tard.
Déclarer hors délai expose à la déchéance de garantie — la perte du droit à indemnisation — mais seulement si le contrat la prévoit expressément et si l'assureur prouve que le retard lui a causé un préjudice. Et la déchéance ne peut jamais être opposée si le retard est dû à un cas fortuit ou à un cas de force majeure (art. L113-2) : une hospitalisation après le choc, par exemple, ne peut pas vous coûter votre indemnisation. La clause doit en outre figurer en caractères très apparents dans le contrat pour être valable (art. L112-4). Ne jouez pas avec pour autant : tenez le délai, tout simplement.
Étape 4 : cartes, chéquiers, clés — que bloquer immédiatement ?
Faites opposition sans attendre sur les cartes bancaires et chéquiers dérobés, et remplacez les serrures si vos clés ont disparu. Ces deux réflexes n'attendent ni la plainte ni l'expertise : chaque heure compte.
Côté banque, appelez le service d'opposition puis confirmez par écrit, et surveillez vos comptes plusieurs semaines. Pensez aussi aux papiers d'identité dérobés, à signaler lors du dépôt de plainte.
Pour les clés, remplacez les serrures dès qu'un trousseau manque, a fortiori si des documents portant votre adresse ont disparu. Beaucoup de contrats prennent en charge tout ou partie du remplacement après un vol de clés — les modalités varient — et conservez la facture du serrurier pour le dossier.
Étape 5 : comment établir la liste des biens volés et dégradés ?
Pièce par pièce, en listant chaque bien disparu ou abîmé avec sa description, sa date d'achat approximative et sa valeur estimée. Cette liste chiffrée est la colonne vertébrale de votre indemnisation.
Méthode : parcourez le logement pièce par pièce, placard par placard, en notant ce qui manque et ce qui a été dégradé — porte fracturée, fenêtre brisée, meuble forcé — car la garantie vol couvre généralement les détériorations commises par les cambrioleurs, pas seulement les objets emportés.
Pour chaque ligne : désignation précise (marque, modèle), année d'achat, prix ou estimation argumentée, justificatifs disponibles. Pensez aux catégories qu'on oublie : matériel en cave ou au garage, consoles, petit électroménager, outillage. Attention enfin aux objets de valeur (bijoux, montres, œuvres d'art) : la plupart des contrats les plafonnent séparément et posent parfois des conditions de déclaration ou de conservation — relisez ces clauses avant de chiffrer.
Étape 6 : comment prouver la valeur de ses biens sans factures ?
Par tout moyen : la facture est la preuve la plus simple, mais elle n'est pas la seule recevable. Photos, relevés bancaires, bons de garantie, notices, emballages, témoignages — l'assureur apprécie un faisceau d'indices, pas une pièce unique.
Personne ne conserve dix ans de factures, et les assureurs le savent. Voici ce qui fonctionne en pratique :
| Justificatif | Ce qu'il démontre | Où le retrouver |
|---|---|---|
| Facture, ticket de caisse | Existence, date et prix d'achat | Emails de confirmation, historiques de commande en ligne |
| Relevé bancaire, débit carte | La dépense chez l'enseigne à une date donnée | Espace bancaire en ligne, relevés archivés |
| Photos et vidéos personnelles | La présence du bien chez vous | Galerie du téléphone, sauvegardes cloud, réseaux sociaux |
| Bon de garantie, notice, emballage | Le modèle exact et son ancienneté | Tiroirs, cartons conservés, comptes fabricants |
| Certificat, expertise, écrin | La valeur des bijoux et objets précieux | Bijoutier, documents de succession, coffre |
| Témoignages écrits | L'existence du bien, à défaut d'autre trace | Proches, voisins, artisans passés chez vous |
Le meilleur dossier se prépare avant le sinistre : filmez votre logement pièce par pièce une fois par an et stockez la vidéo hors du domicile. Dix minutes qui changent tout le jour où il faut prouver — l'un des réflexes détaillés dans notre guide de l'assurance habitation.
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Étape 7 : comment se déroulent l'expertise et l'indemnisation ?
Au-delà d'un certain montant, l'assureur missionne un expert pour vérifier les circonstances et évaluer les biens ; l'indemnité est ensuite calculée en valeur d'usage — vétusté déduite — ou à neuf selon votre contrat. Pour les petits dossiers bien documentés, l'indemnisation se règle souvent sur pièces, sans visite.
L'expert vérifie deux choses : la réalité du vol garanti — les traces d'effraction, d'où l'importance de l'étape 1 — et la valeur des biens déclarés. Recevez-le avec un dossier ordonné (liste chiffrée, justificatifs classés, photos, devis de remise en état) et accompagnez la visite : c'est le moment de montrer et d'expliquer.
Reste le mode d'indemnisation, qui fait la vraie différence entre deux contrats :
- Valeur d'usage : le prix de remplacement du bien au jour du sinistre, diminué d'un coefficient de vétusté lié à son âge et à son état. Point capital, et source de la plupart des malentendus : la vétusté s'applique à cette valeur de remplacement au jour du sinistre, jamais au prix que vous aviez payé.
- Valeur à neuf (ou rééquipement à neuf) : le contrat rembourse tout ou partie de la vétusté déduite, souvent sous conditions (rachat effectif, plafonds, ancienneté maximale). Exemple purement illustratif : un téléviseur payé 1 000 € il y a cinq ans, dont l'équivalent neuf ne vaut plus que 700 € au jour du sinistre, frappé de 40 % de vétusté : la valeur d'usage ressort à 420 €, pas à 600 € — quand un rééquipement à neuf pourrait compléter jusqu'aux 700 € du prix de remplacement, dans les limites du contrat.
N'oubliez pas la franchise, qui reste à votre charge, et les plafonds — global, par bien, et spécifique aux objets de valeur. Trois lignes à lire avant toute signature.
Enfin, retenez ceci : le rapport de l'expert de l'assureur n'est pas un verdict. Si son chiffrage vous paraît sous-évalué, vous pouvez refuser ses conclusions et mandater votre propre expert d'assuré — une contre-expertise, à vos frais, que la clause « honoraires d'expert » de beaucoup de contrats rembourse en tout ou partie : vérifiez-la dans vos conditions générales. Et si les deux experts ne s'accordent pas, ils en désignent un troisième : c'est la tierce expertise, dont les frais se répartissent selon les modalités prévues au contrat.
Quelles conditions le contrat pose-t-il pour que la garantie vol joue ?
Trois familles de conditions reviennent presque toujours : un vol « caractérisé », des moyens de protection installés et effectivement utilisés, et une occupation du logement conforme à la clause d'inhabitation. C'est ici que se gagnent — ou se perdent — la plupart des dossiers.
Un vol caractérisé
La garantie vol standard couvre le vol par effraction (forcement d'un accès), par escalade (balcon, fenêtre en hauteur) ou par usage de fausses clés — et le plus souvent le vol avec violences ou menaces. D'où l'importance des constatations initiales : sans trace ni mode opératoire établi, l'assureur peut discuter la matérialité du vol garanti.
Les moyens de protection prescrits
Beaucoup de contrats conditionnent la garantie à des équipements précis — type de serrure, porte renforcée, volets ou barreaux en rez-de-chaussée, parfois alarme — et à leur utilisation effective : porte claquée au lieu d'être verrouillée, volets laissés ouverts pendant une absence, et l'indemnité peut être réduite, voire refusée selon les stipulations. La rubrique « mesures de prévention » de vos conditions générales engage : relisez-la.
La clause d'inhabitation
Presque tous les contrats prévoient qu'au-delà d'un certain nombre de jours d'absence — le plus souvent consécutifs (30, 45 ou 90 jours selon les contrats), parfois cumulés sur l'année —, la garantie vol est réduite ou suspendue. Ce seuil varie d'un contrat à l'autre — il n'existe aucune durée universelle : si vous vous absentez longuement, vérifiez ce chiffre noir sur blanc dans votre contrat. Le sujet concerne aussi les logements partagés où chacun croit l'autre présent : notre article assurance colocation : qui doit souscrire ? détaille qui est couvert quand le bail est à plusieurs noms.
Objets retrouvés, vol sans effraction : que prévoient les contrats ?
Deux situations fréquentes, deux réponses de contrat : les objets retrouvés se restituent ou se rachètent selon le moment, et le vol sans effraction n'est couvert que si le contrat le dit expressément.
Les objets volés sont retrouvés
Prévenez votre assureur immédiatement, quelle que soit la chronologie. Si les objets réapparaissent avant l'indemnisation, vous les récupérez et le dossier se recentre sur les dégradations et les biens toujours manquants. S'ils sont retrouvés après le versement, la plupart des contrats ouvrent une option : reprendre vos objets en restituant l'indemnité correspondante, ou conserver l'indemnité et laisser les objets à l'assureur. Les modalités précises relèvent de vos conditions générales.
Le vol sans effraction : ruse, clés perdues, porte ouverte
Soyons honnêtes : c'est la zone grise du marché. Le vol par ruse ou fausse qualité (le faux agent des eaux, le faux livreur) ou le vol dans un logement resté ouvert sont couverts par certains contrats, exclus par d'autres, parfois couverts avec des plafonds réduits.
Sur les clés, en revanche, la distinction qui compte n'est pas « perdues ou volées » mais l'origine de la disparition. Les clés dérobées lors d'une agression ou d'un précédent cambriolage — que l'article 132-73 du code pénal assimile d'ailleurs à l'effraction, puisqu'il vise l'usage de fausses clés comme de clés indûment obtenues — sont couvertes par une large partie des contrats, souvent à condition d'avoir fait remplacer les serrures sans délai. Les clés simplement égarées, elles, sont presque toujours exclues. Aucune règle générale : seule la définition du « vol garanti » de vos conditions générales fait foi. C'est une ligne à comparer avant de souscrire une assurance habitation : deux contrats au même prix peuvent réagir de façon opposée. Et pour votre responsabilité envers les tiers, notre article sur la RC vie privée complète le tableau.
Vos questions sur l'indemnisation après cambriolage
Quel est le délai pour déclarer un cambriolage à son assureur ?
Deux jours ouvrés au minimum à compter du moment où vous découvrez le vol : c'est le délai plancher fixé par l'article L113-2 du Code des assurances, et votre contrat ne peut pas prévoir moins. Déclarez dès que possible, même si votre liste de biens volés n'est pas encore complète : vous pourrez toujours l'enrichir ensuite.
Peut-on être indemnisé sans facture après un cambriolage ?
Oui. La facture n'est pas le seul justificatif recevable : photos et vidéos où les biens apparaissent, relevés bancaires, tickets de carte, bons de garantie, notices, emballages d'origine et témoignages peuvent établir l'existence et la valeur d'un bien. Plus le faisceau de preuves est fourni, plus l'évaluation vous est favorable.
Que se passe-t-il si les objets volés sont retrouvés ?
Prévenez immédiatement votre assureur. Si les objets réapparaissent avant l'indemnisation, vous les récupérez et l'indemnisation se limite aux dégradations et aux biens toujours manquants. S'ils sont retrouvés après le versement, la plupart des contrats vous laissent le choix : reprendre les objets en restituant l'indemnité correspondante, ou conserver l'indemnité et laisser les objets à l'assureur. Les modalités exactes figurent dans vos conditions générales.
Le vol sans effraction est-il couvert par l'assurance habitation ?
Pas toujours. La garantie vol classique exige un vol caractérisé : effraction, escalade ou usage de fausses clés, notamment. Le vol par ruse (faux agent, faux livreur) ou le vol dans un logement resté ouvert sont couverts par certains contrats et exclus par d'autres. Sur les clés, tout dépend de l'origine de la disparition : les clés dérobées lors d'une agression ou d'un cambriolage sont couvertes par une large partie des contrats, souvent à condition d'avoir remplacé les serrures sans délai, alors que les clés simplement égarées sont presque toujours exclues. Seule la lecture de vos conditions générales permet de trancher : vérifiez la définition du vol garanti avant de souscrire.
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