Décennale auto-entrepreneur : obligations, prix, attestation.
« Je suis en micro, je fais des petits chantiers, la décennale c'est pour les grosses boîtes. » Faux, et dangereusement faux : l'obligation vise l'activité, pas le statut. Voici exactement ce que dit la loi, ce que vous risquez, et comment vous mettre en règle sans plomber vos marges.
- La loi Spinetta (article L241-1 du Code des assurances) impose la décennale à tout constructeur d'ouvrage, micro-entreprise comprise — et elle doit être souscrite avant l'ouverture du chantier.
- Travailler sans : jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende (article L243-3), plus 10 ans de responsabilité sur vos propres deniers.
- Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, l'assurance doit être mentionnée sur vos devis et factures ; depuis la loi Macron du 6 août 2015, l'attestation décennale doit en outre y être jointe. Elle précise activités garanties et zone géographique.
- Piège n°1 : vous n'êtes couvert que pour les activités déclarées au contrat. Un plaquiste assuré « plâtrerie » qui pose du carrelage n'est pas couvert pour le carrelage.
- Chez Clikassur, la décennale se souscrit en ligne : devis rapide, attestation disponible dans votre espace client.
La décennale est-elle obligatoire pour un auto-entrepreneur ?
Oui. L'obligation d'assurance décennale, instaurée par la loi Spinetta et codifiée à l'article L241-1 du Code des assurances, s'applique à toute personne dont la responsabilité décennale peut être engagée sur un ouvrage — sans aucune distinction de statut juridique. SAS de 40 salariés ou micro-entrepreneur seul dans son fourgon : si vous réalisez des travaux de construction, la règle est la même.
Le critère n'est donc pas votre régime fiscal, mais la nature de ce que vous faites. Sont concernés les travaux qui participent à la construction d'un ouvrage ou qui en affectent la solidité, ainsi que ceux dont les désordres rendraient le bâtiment impropre à sa destination : maçonnerie, charpente, couverture, mais aussi une large part du second œuvre — plomberie encastrée, électricité, carrelage scellé, isolation, menuiseries posées. Dans le doute sur votre métier précis, notre page assurance décennale détaille les corps d'état concernés.
Un point de calendrier que beaucoup découvrent trop tard : la garantie doit exister avant l'ouverture du chantier. Sauf rare clause de « reprise du passé » négociée avec l'assureur, un contrat souscrit en cours de travaux ne rattrape pas un chantier déjà commencé — ne comptez jamais dessus. Concrètement, l'assurance se souscrit au moment de la création de la micro-entreprise, ou au plus tard avant de signer le premier devis de travaux.
Quelles activités devez-vous déclarer à votre assureur ?
Toutes celles que vous exercez réellement — c'est le piège numéro un de la décennale. Votre contrat ne couvre pas « le bâtiment » en général : il couvre une liste d'activités nommées, décrites précisément dans les conditions du contrat et reprises sur votre attestation.
L'exemple classique : un plaquiste assuré pour la « plâtrerie – isolation » dépanne un client en posant le carrelage de la salle de bains. Deux ans plus tard, le carrelage se décolle et l'étanchéité est compromise. Le sinistre relève d'une activité non déclarée : l'assureur refuse sa garantie, et l'artisan répond seul du désordre. Le contrat existait, la cotisation était payée — mais pas pour ce travail-là.
Les bons réflexes pour éviter ce scénario :
- Listez ce que vous facturez vraiment, pas votre intitulé officiel. Beaucoup d'artisans « multi-services » cumulent trois ou quatre activités techniques distinctes.
- Relisez votre attestation ligne par ligne : chaque activité absente est une activité non couverte.
- Prévenez l'assureur avant d'élargir : nouvelle prestation = avenant au contrat, à obtenir avant le premier chantier concerné.
- Vérifiez la zone géographique : la garantie s'exerce dans le périmètre indiqué au contrat.
Que risquez-vous à travailler sans décennale ?
Sur le plan pénal, jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende (article L243-3 du Code des assurances). Sur le plan civil, dix années entières de responsabilité sans aucun assureur derrière vous. Le second volet est souvent le plus ruineux.
Imaginez : vous coulez une dalle en année 1, une fissure structurelle apparaît en année 7. Votre responsabilité décennale est engagée de plein droit — pas besoin pour le client de prouver une faute, le désordre suffit. Sans assureur, la reprise des travaux, les frais d'expertise et les éventuels dommages annexes sont pour vous. Sur une reprise de gros œuvre, on parle de sommes qui peuvent dépasser plusieurs années de chiffre d'affaires d'une micro-entreprise.
Et avant même le sinistre, l'absence d'attestation vous ferme des portes : un maître d'œuvre sérieux, un constructeur, un promoteur ou simplement un particulier bien conseillé la réclame avant de signer. Pas d'attestation, pas de chantier. Sans compter que le client qui finance sa construction devra lui-même présenter les attestations des entreprises à son assureur dommages-ouvrage.
Décennale, RC Pro, parfait achèvement, biennale : qui couvre quoi ?
Quatre protections différentes, quatre durées différentes — et aucune ne remplace les autres. La confusion la plus fréquente concerne la RC Pro, que certains artisans croient suffisante : elle ne l'est pas.
| Garantie | Durée | Ce qu'elle couvre | Assurance obligatoire ? |
|---|---|---|---|
| Parfait achèvement | 1 an après réception | Tous les désordres signalés à la réception ou dans l'année qui suit. | Non — obligation due par l'entrepreneur lui-même |
| Biennale (bon fonctionnement) | 2 ans après réception | Les équipements dissociables de l'ouvrage : volets, robinetterie, radiateurs… | Non — responsabilité légale, assurance facultative |
| Décennale | 10 ans après réception | Les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. | Oui — L241-1, avant ouverture du chantier |
| RC Pro | Pendant l'activité | Les dommages causés aux tiers durant la prestation : dégât chez le client, chute d'outil, erreur. | Selon métier — non imposée à la plupart des artisans, mais indispensable |
En pratique, un artisan du bâtiment bien protégé cumule décennale et RC Pro : la première prend le relais après la réception des travaux, la seconde couvre tout ce qui se passe pendant. Nous avons consacré un article entier à la question pour les indépendants : la RC Pro est-elle vraiment utile ?
Combien coûte une décennale quand on est auto-entrepreneur ?
Il n'existe pas de tarif unique : la prime dépend de vos activités, de votre chiffre d'affaires, de votre expérience et de vos antécédents. Méfiez-vous des « prix moyens » affichés un peu partout : sans votre profil, ils ne veulent rien dire.
Ce que l'assureur regarde pour construire votre tarif :
- Les activités garanties : le gros œuvre pèse plus lourd que la peinture, car les sinistres y coûtent structurellement plus cher.
- Le chiffre d'affaires déclaré : il reflète le volume de chantiers exposés à la garantie.
- L'expérience du dirigeant : années de pratique, diplômes et qualifications rassurent l'assureur.
- Les antécédents : sinistres passés et éventuelles résiliations précédentes.
- Les techniques employées : les techniques dites courantes (conformes aux DTU et règles de l'art établies) s'assurent plus facilement que les procédés non courants.
En micro-entreprise, cette prime pèse mécaniquement plus lourd en proportion d'un petit chiffre d'affaires. La seule approche saine : la traiter comme un coût de production — au même titre que le fourgon ou l'outillage — et l'intégrer dans vos prix de vente dès vos premiers devis. Un artisan qui vend « moins cher parce que pas assuré » ne pratique pas un prix compétitif : il vend un risque à son client, et s'en réserve un plus gros encore. Pensez aussi au reste de votre protection : local, matériel et stock relèvent d'une multirisque professionnelle, pas de la décennale.
Attestation décennale : où doit-elle figurer et que contient-elle ?
Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, la mention de votre assurance décennale est obligatoire sur vos devis et vos factures : assurance souscrite au titre de votre activité, coordonnées de l'assureur et couverture géographique du contrat. Depuis la loi Macron du 6 août 2015 (article L243-2 du Code des assurances), l'attestation d'assurance décennale doit en outre être jointe aux devis et factures. Ce n'est pas une formalité décorative — c'est la loi, et vos clients le savent de mieux en mieux.
L'attestation elle-même, délivrée par l'assureur, est votre passeport professionnel. Elle indique notamment :
- les activités garanties, décrites précisément — d'où l'importance du point vu plus haut ;
- la zone géographique dans laquelle la garantie s'exerce ;
- la période de validité : une attestation est millésimée, et vos clients vérifieront qu'elle couvre bien la date d'ouverture de leur chantier.
Attendez-vous à la fournir en permanence : au particulier prudent avant de signer, au maître d'œuvre qui monte son dossier, à l'entreprise principale si vous intervenez en sous-traitance, à l'assureur dommages-ouvrage du client. Astuce d'organisation : gardez-la en PDF dans votre téléphone et joignez-la systématiquement à chaque devis, sans attendre qu'on vous la demande. C'est un argument commercial autant qu'une obligation.
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Que se passe-t-il si vous changez d'assureur ou cessez votre activité ?
Vos chantiers passés restent couverts : la décennale fonctionne en capitalisation. C'est l'assureur dont le contrat était en cours à la date d'ouverture du chantier qui garantit ce chantier pendant dix ans — même si vous avez changé d'assureur depuis, même si vous avez fermé votre micro-entreprise, même si vous êtes parti à la retraite.
Exemple : vous rénovez une toiture en 2026, résiliez ce contrat en 2028 pour une offre plus adaptée, puis cessez votre activité en 2030. Si une infiltration liée à votre couverture rend la maison inhabitable en 2033, c'est l'assureur de 2026 qui prend le dossier. Vous n'avez rien à payer en plus : la prime de l'époque a « capitalisé » cette garantie de dix ans.
Deux conséquences très concrètes pour vous :
- Conservez toutes vos attestations, à vie. En cas de sinistre en année 8, il faudra prouver quel assureur couvrait quoi à quelle date. Un dossier d'attestations millésimées bien rangé vaut de l'or.
- Changer d'assureur ne crée aucun trou de garantie sur le passé — assurez-vous simplement qu'il n'y a pas un jour de vide entre les deux contrats pour les chantiers à venir.
Sous-traitant : êtes-vous obligé d'avoir une décennale ?
Légalement, non : l'obligation d'assurance de la loi Spinetta ne vise pas le sous-traitant, qui n'est pas lié au maître d'ouvrage. Dans la vraie vie, vous n'échapperez ni à la responsabilité ni, le plus souvent, à l'assurance.
Le sous-traitant reste en effet responsable contractuellement envers l'entreprise principale qui lui confie le lot : si vos travaux causent un désordre de nature décennale, l'entreprise principale — elle-même actionnée par le client — se retournera contre vous. Sans garantie derrière, vous voilà exactement dans la situation décrite au chapitre des sanctions, la condamnation pénale en moins.
C'est pourquoi, en pratique, toute entreprise principale correctement organisée exige la décennale de ses sous-traitants (ou une garantie équivalente) avant de leur ouvrir le moindre chantier — sa propre police l'y incite d'ailleurs fortement. Si vous démarrez en micro en travaillant pour d'autres artisans ou des contractants généraux, considérez la décennale comme votre ticket d'entrée : sans elle, les donneurs d'ordre sérieux ne vous confieront rien.
Vos questions sur la décennale en micro-entreprise
Un auto-entrepreneur peut-il travailler dans le bâtiment sans décennale ?
Non, dès lors que ses travaux relèvent de la garantie décennale. La loi Spinetta impose l'assurance à tout constructeur d'ouvrage avant l'ouverture du chantier, quel que soit son statut juridique. Exercer sans être assuré expose à 6 mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende, et à devoir réparer sur ses propres deniers pendant 10 ans.
Où doit figurer l'attestation d'assurance décennale ?
Sur vos devis et sur vos factures. Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, les professionnels soumis à l'obligation d'assurance décennale doivent y mentionner leur assurance, les coordonnées de l'assureur et la couverture géographique du contrat. Depuis la loi Macron du 6 août 2015 (article L243-2 du Code des assurances), l'attestation d'assurance décennale doit en outre être jointe aux devis et factures. L'attestation elle-même précise les activités garanties : vérifiez qu'elles correspondent à ce que vous facturez.
Que devient ma garantie si je cesse mon activité ou change d'assureur ?
Rien ne se perd : la décennale fonctionne en capitalisation. L'assureur dont le contrat était en cours à la date d'ouverture du chantier reste tenu de couvrir ce chantier pendant 10 ans, même si vous avez changé d'assureur entre-temps ou définitivement fermé votre micro-entreprise. Conservez toutes vos attestations millésimées.
La RC Pro peut-elle remplacer la décennale ?
Non. La RC Pro couvre les dommages causés aux tiers pendant votre prestation (un dégât chez le client, une chute d'outil), tandis que la décennale couvre pendant 10 ans après réception les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Ce sont deux garanties distinctes et complémentaires.
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