Vous travaillez chez vous : pourquoi votre assurance habitation ne vous couvre pas.

Le bureau est dans la chambre d'amis, le stock dans le garage, et la première cliente sonne à la porte jeudi. Votre multirisque habitation, elle, n'a jamais été prévenue — et son objet n'a pas changé : elle assure un logement et une vie privée, pas une entreprise. Voici exactement où passe la frontière, ce que la loi vous oblige à déclarer, et quel contrat referme la brèche.

L'essentiel en 30 secondes
  • La multirisque habitation assure le logement et la vie privée du foyer. Les dommages causés à un tiers dans le cadre d'une activité indépendante sont exclus de la responsabilité civile vie privée de ces contrats : ils relèvent d'une responsabilité civile professionnelle.
  • Trois seuils font basculer votre domicile dans le risque professionnel : du matériel professionnel de valeur, des marchandises stockées, et surtout quelqu'un qui franchit votre porte pour votre activité. Au premier des trois, la MRH seule ne suffit plus.
  • Déclarer n'est pas une politesse. L'article L. 113-2, 3° du code des assurances impose de signaler les circonstances nouvelles qui aggravent le risque ou en créent de nouveaux, par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique, dans un délai de quinze jours à partir du moment où vous en avez eu connaissance.
  • Le silence a un tarif. Omission de bonne foi : l'indemnité est réduite en proportion du taux des primes payées par rapport au taux de celles qui auraient été dues (article L. 113-9). Mauvaise foi établie : nullité du contrat, primes acquises à l'assureur (article L. 113-8).
  • Avant l'assurance, le droit d'occuper. L'article L. 631-7-3 du code de la construction et de l'habitation autorise l'activité professionnelle, y compris commerciale, dans une partie d'un local d'habitation à trois conditions : aucune stipulation contraire du bail ou du règlement de copropriété, une activité exercée par les seuls occupants qui y ont leur résidence principale, et aucune réception de clientèle ni de marchandises. Sortir de ce cadre ne rend pas l'activité illicite par principe : vous perdez cette autorisation légale, et restent alors le bail, le règlement de copropriété et — dans les seules communes concernées — l'autorisation de changement d'usage.

Pourquoi votre assurance habitation ne couvre-t-elle pas votre activité professionnelle ?

Parce qu'une multirisque habitation a pour objet un logement et une vie privée, pas une entreprise : elle assure les murs, le mobilier du foyer et la responsabilité civile de la vie courante, et elle écarte les dommages causés dans un cadre professionnel. Le contrat ne devient pas mauvais parce que vous travaillez chez vous : il reste ce pour quoi il a été souscrit, et le pan professionnel de votre existence tombe simplement en dehors.

La pièce maîtresse, c'est la garantie responsabilité civile vie privée incluse dans tous les contrats habitation. Elle indemnise les tiers pour les dommages de la vie courante : le ballon de votre enfant dans la baie vitrée du voisin, le chien qui mord, la fuite qui traverse le plancher. Les conditions générales la bornent expressément à la sphère privée et excluent ce qui se rattache à l'exercice d'une profession. Le développeur qui livre un code défaillant, la comptable dont l'erreur coûte un redressement à son client, le photographe qui perd les fichiers d'un mariage : aucune de ces trois mises en cause ne trouve d'assureur du côté de l'habitation.

Deuxième limite, moins visible et tout aussi coûteuse : la définition du mobilier assuré. Vos conditions générales décrivent ce qui entre dans le capital mobilier — les biens meubles du foyer, parfois assortis d'un sous-plafond pour le matériel informatique et high-tech. Un stock de marchandises destiné à la revente, un fauteuil de soins, un four professionnel, un lot de pièces détachées ne sont pas du mobilier de foyer. Le jour du sinistre, cette phrase de définition pèse plus lourd que le montant du capital déclaré.

Troisième limite, souvent découverte trop tard : la clause d'usage du logement. Beaucoup de contrats, en particulier les plus anciens, décrivent le bien assuré comme un local « à usage exclusif d'habitation ». C'est une donnée du risque au même titre que la surface ou le nombre de pièces : la modifier sans le dire, c'est exactement ce que l'article L. 113-2 du code des assurances vous demande d'éviter. On y revient en détail plus bas.

Ce que cette page ne traite pas. Le cas du salarié en télétravail est différent : le logement reste un logement, le matériel appartient à l'employeur et l'accident est présumé accident du travail. Tout cela est déroulé dans télétravail et assurance habitation : couvert ou pas ?. Ici, on parle de travail indépendant : auto-entrepreneur, micro-entreprise, profession libérale, artisan, dirigeant qui exerce depuis chez lui.

À partir de quand votre domicile devient-il un risque professionnel ?

Trois seuils font basculer un logement dans le risque professionnel : la présence de matériel professionnel de valeur, le stockage de marchandises, et la venue de tiers chez vous pour votre activité. Franchir le premier suffit à rendre la multirisque habitation insuffisante ; franchir le troisième change aussi votre situation juridique, pas seulement votre situation d'assuré.

Le tableau ci-dessous sert de test. Repérez votre ligne, lisez la colonne de droite : c'est votre chantier de la semaine.

Ce que couvre la multirisque habitation selon la manière dont vous exercez votre activité à domicile, et ce qu'il faut ajouter
Votre situationLa MRH suffit-elle ?Ce qu'il faut ajouter
Vous produisez seul, sur écran, sans matériel de valeur, sans stock, sans visiteur Pour le logement, oui ; pour l'activité, non Une RC Pro pour vos fautes professionnelles. Signalez l'activité à l'assureur habitation : sans clientèle ni marchandises, beaucoup en prennent simplement acte.
Vous détenez du matériel professionnel de valeur chez vous Non Une multirisque professionnelle pour assurer ce matériel à sa valeur réelle. Le sous-plafond high-tech de la MRH ne tiendra pas la comparaison.
Vous stockez des marchandises destinées à la revente Non Une multirisque professionnelle avec une ligne « stock » chiffrée. Vérifiez aussi le bail et le règlement de copropriété : les marchandises y sont souvent nommément visées.
Vous recevez des clients, des patients ou des élèves à domicile Non Une multirisque professionnelle incluant la responsabilité civile d'exploitation : c'est elle qui répond de la chute d'un visiteur. Et une vérification préalable du droit d'occuper.
Vous détenez chez vous des biens appartenant à vos clients Non Une garantie biens confiés, à demander explicitement : elle n'est pas systématiquement incluse dans les contrats professionnels de base.

Une précision qui évite un contresens fréquent : ces seuils ne mesurent pas votre chiffre d'affaires. Un auto-entrepreneur qui facture peu mais reçoit du public chez lui est un risque professionnel caractérisé ; un consultant qui facture beaucoup depuis un ordinateur portable ne modifie presque rien au risque de son logement. Ce que l'assureur regarde, ce sont les faits matériels : des gens, des choses, des mouvements.

Faut-il prévenir votre assureur habitation, et que risquez-vous à ne rien dire ?

Oui, dès lors que l'activité aggrave le risque ou en crée un nouveau : l'article L. 113-2, 3° du code des assurances impose de déclarer les circonstances nouvelles par lettre recommandée ou par envoi recommandé électronique, dans un délai de quinze jours à partir du moment où vous en avez eu connaissance. Le texte vise les circonstances qui rendent inexactes ou caduques les réponses faites à l'assureur : ouvrir un cabinet dans son salon ou entreposer du stock dans son garage entre pleinement dans ce cadre.

Ce que l'assureur peut faire de votre déclaration

Rien de dramatique dans la grande majorité des cas. Face à une aggravation, l'article L. 113-4 du même code lui ouvre deux voies : proposer un nouveau montant de prime, ou résilier le contrat — la résiliation prenant effet dix jours après notification, la portion de prime payée d'avance et afférente à la période non garantie étant restituée. S'il vous propose un nouveau montant et que vous n'y donnez pas suite ou le refusez expressément dans les trente jours, le même article lui permet de résilier au terme de ce délai, à condition de vous avoir averti de cette possibilité en caractères apparents dans sa lettre de proposition. Pour une activité de bureau sans public ni marchandises, beaucoup d'assureurs prennent simplement acte. Pour un logement qui reçoit de la clientèle, attendez-vous en revanche à une question précise et à un positionnement clair de leur part : c'est exactement l'information dont ils ont besoin pour tarifer.

Et voici la raison la plus solide de parler plutôt que de se taire, celle qui joue pour vous : le dernier alinéa de l'article L. 113-4 prive l'assureur du droit de se prévaloir de l'aggravation dès lors que, après en avoir été informé de quelque manière que ce soit, il a manifesté son consentement au maintien de l'assurance — notamment en continuant à encaisser les primes, ou en réglant une indemnité après sinistre. Une déclaration faite et suivie d'un prélèvement encaissé sans réserve vaut donc bien mieux qu'un dossier resté silencieux.

Ce que coûte le silence

Deux sanctions, graduées selon votre bonne foi, et elles ne se déclenchent qu'au moment où vous avez besoin du contrat.

  • Omission ou déclaration inexacte de bonne foi : l'article L. 113-9 du code des assurances réduit l'indemnité en proportion du taux des primes payées par rapport au taux des primes qui auraient été dues si les risques avaient été complètement et exactement déclarés. Découverte avant tout sinistre, la même omission permet à l'assureur de maintenir le contrat contre une augmentation de prime acceptée par l'assuré, ou de le résilier dix jours après notification en restituant la portion de prime payée pour le temps non couvert.
  • Mauvaise foi établie : l'article L. 113-8 prononce la nullité du contrat lorsque la réticence ou la fausse déclaration intentionnelle change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureur, même si le risque omis a été sans influence sur le sinistre. Les primes payées lui restent acquises, et il a droit au paiement de toutes les primes échues à titre de dommages et intérêts. Autrement dit : pas d'indemnité, pas de remboursement, et un arriéré qui reste dû.

Un ordre de grandeur pour rendre la règle concrète — chiffres volontairement ronds et purement illustratifs. Vous payez 200 € par an pour votre habitation. L'activité déclarée aurait porté la prime à 250 €. Un incendie détruit 10 000 € de biens : la réduction proportionnelle ramène l'indemnité autour de 8 000 €. Les 50 € non payés en ont coûté 2 000. Et ce calcul ne concerne que les biens du foyer : vos biens professionnels, eux, restent entièrement dehors.

Le geste qui vaut preuve : envoyez votre déclaration en recommandé, conservez l'avis, et demandez à l'assureur une confirmation écrite de sa position. Une réponse du type « nous prenons acte, garanties inchangées » vaut mille fois mieux qu'un appel téléphonique dont il ne restera rien.

Avez-vous seulement le droit d'exercer chez vous ?

Pas automatiquement : l'article L. 631-7-3 du code de la construction et de l'habitation n'autorise l'exercice d'une activité professionnelle, y compris commerciale, dans une partie d'un local d'habitation qu'à trois conditions cumulatives — aucune stipulation contraire dans le bail ou le règlement de copropriété, une activité exercée par les seuls occupants ayant leur résidence principale dans ce local, et aucune réception de clientèle ni de marchandises. Ce même article précise qu'il s'applique aux représentants légaux des personnes morales. Autant le savoir avant de commander une enseigne.

Une nuance qui change tout, et que l'on lit rarement : ce texte autorise, il n'interdit pas. Recevoir un client chez vous ne vous met pas automatiquement dans l'illégalité : cela vous fait simplement sortir de cette autorisation légale toute faite. Restent alors les trois filtres ordinaires — votre bail, votre règlement de copropriété, et, dans les seules communes concernées, l'autorisation de changement d'usage. Ce sont eux qu'il faut vérifier, dans cet ordre.

Trois documents commandent votre situation, et ils se lisent en une soirée.

1. Votre bail, si vous êtes locataire

L'article 7 b) de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 oblige le locataire à user paisiblement des locaux loués suivant la destination qui leur a été donnée par le contrat. Un bail d'habitation pure ne vaut pas autorisation d'ouvrir un atelier : c'est la clause de destination qu'il faut relire, et un accord écrit du bailleur qu'il faut obtenir si elle est étroite.

2. Le règlement de copropriété, si l'immeuble en a un

Beaucoup de règlements comportent une clause dite d'habitation bourgeoise, qui restreint ou interdit l'exercice d'une activité et, très souvent, l'accueil de clientèle dans les parties privatives. Cette stipulation est précisément l'une de celles que l'article L. 631-7-3 réserve : si elle s'oppose à votre projet, l'autorisation légale tombe.

3. Le régime du changement d'usage, là où il s'applique

Transformer durablement un local d'habitation en local professionnel relève d'une autorisation de la mairie, mais seulement dans les communes concernées par le régime d'autorisation préalable de changement d'usage des locaux d'habitation prévu à l'article L. 631-7 du code de la construction et de l'habitation. Ce point est décisif et souvent passé sous silence : ce régime n'est pas national. L'article L. 631-7 renvoie aujourd'hui à une liste de communes fixée par décret — autrement dit, votre adresse commande la réponse. Hors de ces communes, il n'y a tout simplement pas d'autorisation de changement d'usage à demander, et seuls le bail et le règlement de copropriété vous opposent quelque chose. La règle utile pour un travailleur à domicile est ailleurs : c'est l'autorisation de l'article L. 631-7-3, dont le prix à payer est l'absence de clientèle et de marchandises.

Un régime distinct existe pour les locaux situés au rez-de-chaussée : l'article L. 631-7-4 autorise l'activité, y compris commerciale, dès lors qu'aucune stipulation du bail ou du règlement de copropriété ne s'y oppose, que l'activité n'est exercée que par les occupants ayant leur résidence principale dans ce local, qu'elle n'engendre ni nuisance ni danger pour le voisinage et qu'elle ne conduit à aucun désordre pour le bâti. Détail qui saute aux yeux quand on met les deux textes côte à côte : celui-ci ne reprend pas la condition d'absence de clientèle et de marchandises, et pose à la place des conditions de tranquillité et de solidité. N'en tirez pas seul la conclusion qui vous arrange — la portée de cette différence se discute, et votre bail comme votre règlement de copropriété gardent le dernier mot. Le même article prend soin de préciser que le bail d'habitation de cette résidence principale n'est pas soumis au statut des baux commerciaux et ne peut être un élément constitutif du fonds de commerce. Un appel au service de l'urbanisme de votre commune tranche la question en quelques minutes : le régime dépend de la commune.

Domicilier n'est pas exercer — la confusion la plus répandue. Une personne physique peut déclarer l'adresse de son local d'habitation et y exercer une activité dès lors qu'aucune disposition législative ou stipulation contractuelle ne s'y oppose ; et lorsqu'elle ne dispose pas d'établissement, elle peut déclarer celle-ci à titre exclusif d'adresse de l'entreprise, cette déclaration n'entraînant « ni changement d'affectation des locaux, ni application du statut des baux commerciaux » (article L. 123-10 du code de commerce). Lisez cette phrase au plus près du texte : la dispense porte sur l'affectation des locaux et sur le statut des baux commerciaux — elle ne dit pas que vous échappez à l'autorisation de changement d'usage de l'article L. 631-7 là où ce régime s'applique. Domicilier son entreprise chez soi et y installer un commerce ouvert au public restent deux opérations juridiques différentes.

Pour une société, le principe est plus généreux qu'on ne le croit : toute personne morale est autorisée à installer son siège au domicile de son représentant légal et à y exercer une activité, sauf dispositions législatives ou stipulations contractuelles contraires (article L. 123-11-1 du code de commerce, premier alinéa). Sans obstacle de ce type, aucune durée maximale ne s'applique — le plafond de cinq ans que l'on cite partout n'est pas la règle, c'est l'exception. Il ne joue que lorsqu'une telle disposition ou stipulation s'y oppose : le représentant légal peut alors installer le siège à son domicile pour une durée ne pouvant ni excéder cinq ans à compter de la création de la société, ni dépasser le terme légal, contractuel ou judiciaire de l'occupation des locaux. Dans ce cas seulement, la société doit notifier par écrit son intention au bailleur, au syndicat de copropriété ou au représentant de l'ensemble immobilier, préalablement au dépôt de sa demande d'immatriculation ou de modification ; et elle doit, avant l'expiration de cette période et sous peine de radiation d'office, communiquer au greffe les éléments justifiant son changement de situation. Le même article ferme la porte aux deux malentendus classiques : il ne peut en résulter ni changement de destination de l'immeuble, ni application du statut des baux commerciaux.

Du matériel, du stock ou des clients chez vous ?

La multirisque professionnelle couvre ce que la MRH laisse dehors : biens professionnels, responsabilité civile d'exploitation, et selon les contrats la perte d'exploitation.

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Quels trous votre MRH laisse-t-elle ouverts, concrètement ?

Quatre trous, et aucun ne se referme en augmentant le capital mobilier : votre responsabilité professionnelle, vos biens professionnels, les biens de clients que vous détenez, et la perte de chiffre d'affaires qui suit un sinistre. Chacun correspond à une garantie qui vit dans un contrat professionnel, pas dans un contrat d'habitation.

1. La responsabilité civile professionnelle

C'est le dommage causé à un client ou à un tiers par votre travail : une erreur, un retard, un conseil mal calibré, un livrable qui ne tient pas. La RC vie privée de votre MRH l'exclut. Rien ne rend cette garantie obligatoire pour la majorité des indépendants — l'obligation légale d'assurance vise certaines professions réglementées et, dans le bâtiment, la responsabilité décennale des constructeurs. Pour tous les autres, l'obligation vient des clients : elle se matérialise le jour où l'on vous réclame une attestation, un sujet traité dans RC Pro exigée avant signature : que faire. Ne confondez pas les deux sources — c'est l'erreur la plus fréquente du sujet. Une exigence posée par un client, un bailleur ou un donneur d'ordre est contractuelle, pas légale : elle ne vous expose à aucune sanction prévue par un texte, mais à la perte du marché et à votre responsabilité envers celui qui l'avait posée. Dans les faits, cela se paie souvent aussi cher ; en droit, ce n'est pas la même chose, et cela change la discussion que vous pouvez avoir avec ce client.

2. Les biens professionnels

Matériel, outillage, aménagements que vous avez financés, stock : ces postes se déclarent en valeur, et cette valeur devient le plafond de l'indemnité. Sous-déclarer se paie au sinistre : si la valeur de la chose assurée excède, au jour du sinistre, la somme garantie, l'assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent et supporte une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire (article L. 121-5 du code des assurances). Certains contrats écartent cette règle proportionnelle : vérifiez-le noir sur blanc plutôt que de l'espérer. Et dans l'autre sens, sur-déclarer ne sert à rien : l'assurance de biens est un contrat d'indemnité, et l'indemnité ne peut pas dépasser la valeur de la chose assurée au moment du sinistre (article L. 121-1).

3. Les biens confiés

Le trou le plus discret. L'ordinateur d'un client posé sur votre établi, les robes d'une mariée dans votre atelier, les archives d'une association dans votre bureau : ces objets ne sont ni à vous, ni du mobilier de foyer. Ils relèvent d'une garantie biens confiés, qui n'est pas systématiquement incluse dans les contrats professionnels de base et se demande nommément. C'est aussi un terrain de responsabilité : on répond du dommage causé par les choses que l'on a sous sa garde (article 1242, alinéa 1er, du code civil).

4. La perte d'exploitation

Un incendie chez vous, c'est deux pertes : les biens détruits, et le chiffre d'affaires qui s'arrête le temps de la remise en état. La MRH peut financer un relogement ; elle ne remplace pas votre marge. La garantie perte d'exploitation, proposée par les multirisques professionnelles, prend le relais sur une période d'indemnisation que vous choisissez à la souscription. C'est une ligne qui ne se rattrape pas après coup : elle se chiffre à la souscription, à partir de votre marge, et se discute pendant que le contrat se construit.

RC Pro ou multirisque professionnelle : lequel vous faut-il, et dans quel ordre ?

La RC Pro suffit tant que votre domicile ne sert qu'à produire un travail : pas de matériel de valeur, pas de stock, personne qui franchit votre porte. Dès qu'une de ces trois conditions tombe, il faut une multirisque professionnelle, qui embarque la responsabilité civile d'exploitation en plus des dommages aux biens. Les deux ne s'opposent pas : la seconde contient généralement la première, la question est de savoir jusqu'où vous devez monter.

La distinction à garder en tête tient en une phrase. La responsabilité civile professionnelle répond des dommages nés de votre prestation : l'erreur, le mauvais conseil, le livrable défectueux. La responsabilité civile d'exploitation répond des dommages causés aux tiers par la vie courante de l'activité : la cliente qui glisse dans votre entrée, le câble qui fait trébucher un livreur. Quand on travaille chez soi et qu'on reçoit du monde, c'est très souvent l'exploitation qui sert en premier — et c'est précisément celle qu'une RC Pro nue peut ne pas porter.

La marche à suivre, dans l'ordre, pour quelqu'un qui démarre cette semaine :

  1. Vérifiez le droit d'occuper : clause de destination du bail, règlement de copropriété, et régime de changement d'usage auprès de votre mairie si vous prévoyez de recevoir du public.
  2. Déclarez l'activité à votre assureur habitation en recommandé, dans les quinze jours (article L. 113-2, 3°), et conservez sa réponse écrite.
  3. Chiffrez vos postes professionnels avant de demander le moindre devis : valeur du matériel, valeur du stock au pic de l'année, valeur des biens de clients que vous détenez en moyenne, marge annuelle si vous voulez une perte d'exploitation.
  4. Choisissez le niveau de garantie. Le plafond ne se devine pas : il se déduit de la taille des dossiers que vous traitez et de ce que vos clients exigent par contrat — méthode détaillée dans plafond RC Pro : quel montant choisir.
  5. Souscrivez avec une date d'effet réaliste. L'attestation est établie par l'assureur une fois le contrat pris d'effet : si un client vous la réclame pour une mission qui démarre, lisez d'abord notre mode d'emploi de l'attestation RC Pro. Et gardez la bonne mesure de ce document : une attestation n'est pas la garantie. Elle constate, à une date donnée, l'existence d'un contrat et ne prouve rien au-delà des mentions qu'elle porte — ce sont les conditions générales et particulières qui disent ce qui est couvert, à quelle hauteur et avec quelles exclusions.

Pour une lecture d'ensemble organisée par situation plutôt que par métier, notre guide RC Pro déroule les cas de figure les plus fréquents, et le glossaire reprend le vocabulaire employé dans les contrats : biens confiés, exploitation, franchise, période d'indemnisation. Si vous hésitez encore sur l'utilité même de la garantie, RC Pro freelance : vraiment utile ? pose la question franchement. Et si le doute porte sur votre contrat d'habitation lui-même, notre guide de l'assurance habitation passe les garanties en revue, ligne par ligne.

Que se passe-t-il concrètement si vous ne faites rien ?

Trois scénarios, tous banals : un visiteur se blesse chez vous, un sinistre détruit vos biens professionnels, un client vous met en cause. Dans les trois, l'absence de contrat professionnel ne se traduit pas par un refus poli : elle se traduit par une facture que vous payez vous-même, et par un contrat d'habitation qui peut en sortir abîmé.

Une cliente chute dans votre couloir

Elle venait pour un soin, une leçon, une livraison. La blessure est réelle, l'arrêt de travail aussi, et l'on répond du dommage causé par les choses que l'on a sous sa garde (article 1242, alinéa 1er, du code civil). Votre MRH regardera la cause : visite professionnelle, exclusion de la RC vie privée. Sans responsabilité civile d'exploitation, c'est votre patrimoine qui fait face — et l'assureur habitation découvre au passage une activité qu'il n'avait pas tarifée.

Un dégât des eaux noie votre stock

Le logement est couvert, vos meubles aussi, dans les limites du contrat. Le stock, lui, n'est pas du mobilier de foyer : il ne sera pas indemnisé à ce titre. Et si l'activité n'avait jamais été déclarée, l'indemnité due pour la partie habitation peut elle-même être réduite en proportion du taux des primes payées par rapport au taux de celles qui auraient été dues (article L. 113-9). Vous perdez donc deux fois. Réflexe utile en amont : chiffrer et photographier ses postes professionnels avant le sinistre, pas après.

Un client vous réclame des dommages et intérêts

Une mise en demeure arrive, puis une assignation. Sans RC Pro, il n'y a personne pour instruire le dossier, personne pour financer la défense, personne pour payer la condamnation éventuelle. Et souscrire une fois la réclamation reçue n'ouvre aucun droit sur elle : on ne s'assure pas contre un sinistre déjà là.

Attention toutefois à ne pas en tirer la conclusion inverse, qui est fausse et coûte des contrats : un fait générateur antérieur à la souscription n'est pas forcément perdu. L'article L. 124-5 du code des assurances laisse aux parties le choix entre une garantie déclenchée par le fait dommageable et une garantie déclenchée par la réclamation. Dans ce second régime, très répandu en responsabilité professionnelle, la garantie joue dès lors que le fait dommageable est antérieur à la résiliation ou à l'expiration de la garantie et que la première réclamation arrive entre la prise d'effet initiale et la fin du délai subséquent prévu au contrat — délai qui ne peut être inférieur à cinq ans. La limite est ailleurs : l'assureur ne vous couvre pas s'il établit que vous aviez connaissance du fait dommageable au jour de la souscription. Autrement dit, ce qui ferme la porte n'est pas l'ancienneté du fait, c'est ce que vous en saviez en signant.

Dernier réflexe, pour le jour où vous serez assuré : le délai de déclaration de sinistre. Il est fixé par votre contrat, et l'article L. 113-2, 4° du code des assurances ne fixe qu'un plancher : ce délai contractuel ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés, ramené à un minimum de deux jours ouvrés en cas de vol. Votre contrat peut donc vous accorder davantage — jamais moins — et le texte prévoit en outre que ces délais peuvent être prolongés d'un commun accord entre les parties. Cinq jours n'est pas « le » délai : c'est le minimum en dessous duquel votre assureur n'a pas le droit de descendre. Lisez le délai écrit dans vos conditions générales avant d'en avoir besoin : le sinistre n'est jamais le bon moment pour découvrir un chiffre.

Et si vous déclarez en retard, tout n'est pas perdu pour autant. Le même article encadre strictement la sanction : la déchéance pour déclaration tardive ne peut vous être opposée que si une clause du contrat la prévoit et si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice. Elle ne peut pas davantage vous être opposée lorsque le retard est dû à un cas fortuit ou à un cas de force majeure. Un refus opposé sur le seul constat d'un jour de dépassement mérite donc d'être discuté, pièces en main.

Les trois gestes de la semaine : relisez la clause de destination de votre bail ou de votre règlement de copropriété ; envoyez la déclaration d'activité à votre assureur habitation en recommandé ; chiffrez matériel, stock et biens de clients avant de demander un devis professionnel. Le reste découle de ces trois lignes.

Vos questions sur l'activité professionnelle à domicile

Quatre questions reviennent systématiquement : ce que couvre la MRH, l'obligation de déclarer, le droit d'exercer chez soi, et le choix entre RC Pro et multirisque professionnelle. Réponses courtes ci-dessous.

Mon assurance habitation couvre-t-elle mon activité d'auto-entrepreneur à domicile ?

Non pour l'activité elle-même. La multirisque habitation assure le logement et la vie privée du foyer : les murs, le mobilier personnel, la responsabilité civile de la vie courante. Les dommages que vous causez à un tiers dans le cadre de votre activité indépendante en sont exclus, de même que vos biens professionnels au-delà de ce que les conditions générales acceptent comme mobilier, et la perte de chiffre d'affaires qui suit un sinistre. Ces trois sujets relèvent d'un contrat professionnel : responsabilité civile professionnelle, et multirisque professionnelle dès qu'il y a du matériel, du stock ou de la clientèle reçue.

Dois-je déclarer mon activité à mon assureur habitation ?

Oui dès lors qu'elle aggrave le risque ou en crée un nouveau, ce qui est le cas typique lorsque vous recevez de la clientèle, stockez des marchandises ou installez du matériel professionnel. L'article L. 113-2, 3° du code des assurances impose de déclarer ces circonstances nouvelles par lettre recommandée ou par envoi recommandé électronique, dans un délai de quinze jours à partir du moment où vous en avez eu connaissance. Le silence se paie plus tard : en cas d'omission de bonne foi, l'indemnité est réduite en proportion du taux des primes payées par rapport au taux de celles qui auraient été dues (article L. 113-9) ; en cas de mauvaise foi établie, le contrat est nul et les primes payées restent acquises à l'assureur (article L. 113-8).

Mon propriétaire ou ma copropriété peuvent-ils m'interdire de travailler chez moi ?

Oui, et c'est la première chose à vérifier. L'article L. 631-7-3 du code de la construction et de l'habitation autorise l'exercice d'une activité professionnelle, y compris commerciale, dans une partie d'un local d'habitation à trois conditions : aucune stipulation du bail ou du règlement de copropriété ne s'y oppose, l'activité n'est exercée que par les occupants ayant leur résidence principale dans ce local, et elle ne conduit à y recevoir ni clientèle ni marchandises. Sortir de ce cadre ne rend pas l'activité illicite par principe : vous perdez cette autorisation légale, et restent alors le bail, le règlement de copropriété et, dans les seules communes dont la liste est fixée par décret, l'autorisation de changement d'usage délivrée par la mairie (article L. 631-7). Le locataire doit en outre user des locaux suivant la destination prévue au contrat, comme l'impose l'article 7 b) de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. Un régime distinct existe pour les locaux situés au rez-de-chaussée à l'article L. 631-7-4 du même code, dont le texte ne reprend pas la condition d'absence de clientèle et de marchandises.

RC Pro ou multirisque professionnelle quand on travaille chez soi ?

La responsabilité civile professionnelle suffit tant que votre domicile ne sert qu'à produire un travail, sans matériel de valeur, sans stock et sans personne qui franchit votre porte pour vous. Dès qu'une de ces trois conditions tombe, il faut une multirisque professionnelle : elle apporte les dommages aux biens professionnels, la responsabilité civile d'exploitation qui répond de la chute d'un visiteur, et selon les contrats la perte d'exploitation. Certaines professions réglementées et les constructeurs relèvent par ailleurs d'une assurance rendue obligatoire par un texte, quel que soit le lieu d'exercice.

Sami Hami — courtier en assurance, ORIAS n° 26010859
Article rédigé à partir des textes en vigueur : code des assurances (articles L. 113-2, L. 113-4, L. 113-8, L. 113-9, L. 121-1, L. 121-5, L. 124-5), code civil (article 1242), code de la construction et de l'habitation (articles L. 631-7, L. 631-7-3, L. 631-7-4), code de commerce (articles L. 123-10 et L. 123-11-1) et loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (article 7 b)). Informatif : cet article ne remplace ni la lecture de vos conditions particulières, ni celle de votre bail ou de votre règlement de copropriété. Relu et mis à jour le .
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