Perte d'exploitation : comment l'assureur calcule ce qu'il vous verse.
Un devis de multirisque professionnelle vous demande une « marge brute à garantir » et une « période d'indemnisation », et vous ne savez pas quels chiffres y mettre. Voici la formule exacte que l'assureur appliquera le jour du sinistre, démontée poste par poste sur un exemple chiffré, avec ce qu'il vous en coûte si vous déclarez trop bas.
- L'assureur n'indemnise pas votre chiffre d'affaires, il indemnise votre marge brute : le chiffre d'affaires perdu diminué des charges variables que le sinistre vous a évité d'engager. Ce qui reste couvre les charges fixes qui continuent de tomber et le résultat qui a disparu.
- La formule tient en une ligne : chiffre d'affaires perdu × taux de marge brute, pendant la période d'indemnisation, + les frais supplémentaires engagés pour limiter la perte, − la franchise.
- La période d'indemnisation court du jour du sinistre, pas du jour de la réouverture. Douze, dix-huit ou vingt-quatre mois : au-delà du terme, la perte reste entièrement pour vous.
- Déclarer une marge brute inférieure à la réalité déclenche la règle proportionnelle de l'article L. 121-5 du code des assurances : l'assuré « est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent » et supporte une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire.
- Aucun texte ne définit la perte d'exploitation. Le code des assurances se borne à la supposer : à l'article L. 125-1 pour les catastrophes naturelles, à l'article L. 126-2 pour les attentats et actes de terrorisme, et chaque fois sous la même condition — « si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation ». Tout le reste se lit dans vos conditions particulières.
Quand la garantie perte d'exploitation se déclenche-t-elle réellement ?
La garantie perte d'exploitation n'est pas une garantie autonome : elle se greffe sur un dommage matériel garanti par le contrat et survenu dans les locaux assurés. Un incendie, un dégât des eaux ou un bris de machine couverts ouvrent la garantie ; un arrêt d'activité sans dommage matériel garanti ne l'ouvre pas, sauf extension expresse.
Cette règle explique l'essentiel des déceptions. Un commerçant dont la rue est fermée pour travaux, un atelier privé d'électricité pendant trois jours, un prestataire dont le client principal dépose le bilan : aucun de ces arrêts n'est un dommage matériel subi dans les locaux assurés. La garantie standard ne s'en occupe pas.
Des extensions existent pour combler ces trous, et elles se souscrivent une par une. Les plus courantes portent sur l'impossibilité d'accès aux locaux sur décision administrative, sur la carence d'un fournisseur ou d'un sous-traitant désigné, sur un sinistre survenu chez un client, sur une coupure d'énergie dépassant une durée fixée au contrat. Aucune n'est automatique, chacune a ses propres limites de montant et de durée : la question à poser à votre interlocuteur n'est pas « suis-je couvert en perte d'exploitation ? » mais « quelles extensions figurent à mes conditions particulières, et pour quel plafond ? ».
Le cas particulier de la catastrophe naturelle
Le code des assurances ne définit nulle part la perte d'exploitation : il se contente de la supposer acquise, et toujours sous condition. L'article L. 125-1 dispose ainsi : « En outre, si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation, cette garantie est étendue aux effets des catastrophes naturelles, dans les conditions prévues au contrat correspondant ». Autrement dit, l'extension catastrophe naturelle n'ajoute pas une garantie perte d'exploitation à un contrat qui n'en a pas : elle prolonge celle que vous avez déjà, avec ses propres plafonds et sa propre période d'indemnisation.
La formule n'est d'ailleurs pas isolée. L'article L. 126-2, qui organise la garantie des attentats et actes de terrorisme adossée aux contrats couvrant l'incendie, emploie la même mécanique : « si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation, cette garantie est étendue aux dommages causés par les attentats et les actes de terrorisme, dans les conditions prévues au contrat ». Deux extensions imposées par la loi, deux fois la même condition préalable : que la perte d'exploitation ait été souscrite.
Une inondation reconnue par arrêté ne vous indemnise donc de votre marge perdue que si la ligne « perte d'exploitation » figure bien à votre contrat. C'est un point à vérifier avant la saison des crues, pas après.
Qu'est-ce que la marge brute que l'assureur indemnise ?
La marge brute d'assurance est le chiffre d'affaires diminué des seules charges variables, c'est-à-dire des charges qui disparaissent avec l'activité. Ce qui reste — les charges fixes qui continuent de courir et le résultat de l'exercice — constitue exactement ce que le sinistre détruit, et donc exactement ce que la garantie répare.
La logique est celle du contrat d'indemnité posé par l'article L. 121-1 du code des assurances : « l'indemnité due par l'assureur à l'assuré ne peut pas dépasser le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre ». Les marchandises que vous n'avez pas achetées, la sous-traitance que vous n'avez pas commandée, les commissions que vous n'avez pas versées ne vous ont rien coûté : les indemniser reviendrait à vous enrichir. Le loyer, les salaires, les cotisations, les assurances et les échéances d'emprunt, eux, tombent à date fixe, rideau baissé ou pas.
Deux méthodes, un seul chiffre
La méthode soustractive part du chiffre d'affaires et retranche les charges variables. La méthode additive part du bas du compte de résultat et additionne les charges fixes et le résultat courant. Les deux doivent aboutir au même montant : si l'écart est important, c'est qu'une charge a été classée du mauvais côté, et le moment de le découvrir est aujourd'hui, pas le jour de l'expertise.
| Poste du compte de résultat | Nature | Entre dans la marge brute à garantir ? |
|---|---|---|
| Achats consommés (marchandises, matières premières) | Variable | Non, se retranche |
| Sous-traitance liée aux ventes | Variable | Non, se retranche |
| Commissions, transports sur ventes, emballages | Variable | Non, se retranche |
| Énergie et consommables de production | Mixte | Seule la part variable se retranche |
| Loyer, charges locatives, abonnements | Fixe | Oui, à garantir |
| Salaires, cotisations sociales | Fixe | Oui, à garantir |
| Assurances, honoraires, frais bancaires | Fixe | Oui, à garantir |
| Amortissements, intérêts d'emprunt | Fixe | Oui, à garantir |
| Résultat courant avant impôt | — | Oui, à garantir |
Deux avertissements sur ce tableau. D'abord, la marge brute d'assurance n'est pas la marge brute de votre logiciel comptable : la marge commerciale d'un négociant, calculée sur les seuls achats de marchandises, ignore les commissions et les transports, et conduit à déclarer un capital trop élevé — donc à payer une prime pour rien. Ensuite, les salaires posent une vraie question de méthode : dans la plupart des contrats, on les traite en charge fixe parce qu'on entend garder ses équipes. Si votre activité repose sur des contrats saisonniers ou des extras que vous ne reconduirez pas, la part correspondante devient variable. Tranchez la question par écrit avec votre interlocuteur au moment du devis, et gardez la trace de l'arbitrage.
Le point de départ pratique reste votre liasse fiscale du dernier exercice clos, corrigée de ce que vous savez de l'année en cours : un contrat signé qui va doubler votre volume, une activité abandonnée, une hausse de tarifs. Beaucoup de contrats prévoient d'ailleurs une clause dite de tendance, qui autorise l'expert à ajuster le chiffre d'affaires de référence sur les circonstances connues. Les capitaux à déclarer en multirisque professionnelle obéissent tous à cette même règle : un chiffre daté qu'on oublie de mettre à jour devient un chiffre faux.
Comment l'assureur calcule l'indemnité : l'exemple chiffré
L'assureur mesure le chiffre d'affaires que le sinistre vous a fait perdre pendant la période d'indemnisation, lui applique votre taux de marge brute, ajoute les frais supplémentaires que vous avez engagés pour limiter la perte, puis retire la franchise. Le chiffre d'affaires perdu se mesure par écart avec ce que l'entreprise aurait réalisé sans le sinistre, période par période.
Prenons un atelier de fabrication et de pose, à la comptabilité volontairement ronde : ces chiffres sont purement illustratifs et ne représentent aucun tarif. Sur son dernier exercice, il réalise 480 000 € de chiffre d'affaires pour 168 000 € de charges variables. Sa marge brute d'assurance s'établit donc à 312 000 €, soit un taux de marge brute de 65 %. La vérification par la méthode additive tombe juste : 270 000 € de charges fixes annuelles (36 000 € de loyer, 186 000 € de salaires et cotisations, 18 000 € d'assurances, honoraires et abonnements, 30 000 € d'amortissements et d'intérêts) plus 42 000 € de résultat courant.
Un dégât des eaux venu de l'étage supérieur inonde l'atelier un matin de février. Trois mois d'arrêt complet, puis neuf mois de reprise progressive pendant lesquels les clients reviennent sans que le carnet retrouve son niveau. Le contrat prévoit une période d'indemnisation de douze mois et une franchise de trois jours.
| Étape du calcul | Montant | D'où vient le chiffre |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires du dernier exercice | 480 000 € | Liasse fiscale |
| Charges variables sur la même période | 168 000 € | Achats consommés, sous-traitance, commissions |
| Marge brute annuelle | 312 000 € | 480 000 € − 168 000 € |
| Taux de marge brute | 65 % | 312 000 € ÷ 480 000 € |
| Perte de chiffre d'affaires, 3 mois d'arrêt total | 120 000 € | Écart avec la même période de l'exercice précédent |
| Perte de chiffre d'affaires, 9 mois de reprise | 60 000 € | 360 000 € attendus, 300 000 € réalisés |
| Perte de marge brute | 117 000 € | 180 000 € × 65 % |
| Frais supplémentaires d'exploitation admis | + 14 000 € | Atelier provisoire et location de matériel |
| Franchise de 3 jours de marge brute | − 2 564 € | 312 000 € ÷ 365 = 854,79 € par jour |
| Indemnité de perte d'exploitation | 128 436 € | 117 000 + 14 000 − 2 564 |
Trois enseignements se lisent directement dans ce tableau. Le premier : la perte ne s'arrête pas à la réouverture. Les neuf mois de reprise pèsent 60 000 € de chiffre d'affaires manquant, soit un tiers de la perte totale, alors que l'atelier tourne de nouveau et que le sinistre paraît derrière. Un dossier bâti sur les seuls mois de fermeture laisse cette part sur la table.
Le deuxième : sans garantie, ce sont 22 500 € de charges fixes par mois qui continuent d'être appelés sur une trésorerie qui n'encaisse plus. Trois mois d'arrêt suffisent à consommer 67 500 € de charges avec zéro recette en face, avant même de parler de la reconstitution du stock et du matériel.
Le troisième : le seul chiffre que l'entreprise a réellement choisi dans tout ce calcul, c'est la marge brute déclarée au contrat. Tout le reste est constaté après coup par l'expert. C'est pourquoi la section suivante compte autant.
Votre marge brute, calibrée avant le sinistre.
Multirisque professionnelle en ligne : dommages aux biens, responsabilité civile exploitation et perte d'exploitation, avec la période d'indemnisation choisie au devis.
Période d'indemnisation : 12, 18 ou 24 mois, comment trancher
La période d'indemnisation est la durée maximale pendant laquelle l'assureur suit les conséquences du sinistre et, dans la définition qu'en retiennent les contrats, elle court à compter du jour du sinistre, pas du jour de la réouverture. La bonne durée n'est donc pas celle des travaux mais celle qui sépare le sinistre du retour au niveau d'activité antérieur, reconquête de la clientèle comprise.
L'erreur classique consiste à raisonner en durée de chantier : « six mois de travaux, douze mois de garantie, j'ai de la marge ». La chronologie réelle est plus lente. Entre le sinistre et le premier coup de pioche s'intercalent l'expertise, le chiffrage contradictoire, parfois une recherche de fuite ou une enquête sur l'origine du feu, la consultation des entreprises, et le cas échéant une autorisation d'urbanisme. Puis, les travaux terminés, il faut refaire venir les clients qui ont pris l'habitude d'aller ailleurs.
Ce qui allonge la période, dans les faits
- une machine spécifique dont le délai de fabrication ou d'importation se compte en mois ;
- une autorisation administrative à obtenir avant de rouvrir : urbanisme, commission de sécurité pour un établissement recevant du public, agrément sanitaire ;
- un local atypique ou très bien placé, difficile à remplacer provisoirement ;
- une clientèle de proximité ou un référencement commercial qu'un concurrent aura capté pendant la fermeture ;
- des marchés annuels perdus, qui ne se regagnent qu'à la campagne de consultation suivante.
Douze mois conviennent à une activité relogeable, équipée de matériel standard disponible en stock, dont la clientèle revient d'elle-même. Dès qu'un des cinq points ci-dessus est coché, dix-huit ou vingt-quatre mois deviennent le choix raisonnable. Un point technique à ne pas manquer au moment du devis : selon les contrats, le capital à déclarer correspond à la marge brute de la période retenue, et non à la marge brute d'une année. Passer de douze à vingt-quatre mois peut donc doubler le capital à déclarer, et la cotisation s'en ressent : dans quelle proportion, seul le tarif de l'assureur le dira, et il se demande au devis. La règle exacte figure aux conditions particulières, et elle se lit avant de signer, pas après.
Franchise, frais supplémentaires, pertes indirectes : trois lignes qu'on confond
La franchise de perte d'exploitation s'exprime fréquemment en jours plutôt qu'en euros : elle se convertit selon la formule écrite au contrat, souvent la marge brute annuelle divisée par 365 puis multipliée par le nombre de jours — mais le diviseur se vérifie, tous les contrats ne comptent pas en jours calendaires. Les frais supplémentaires d'exploitation sont indemnisés en plus de la perte de marge, mais dans la limite de la perte qu'ils ont permis d'éviter. Les pertes indirectes sont une tout autre ligne, adossée aux dommages matériels.
La franchise en jours
Avec ce diviseur de 365, une franchise de trois jours sur une marge brute annuelle de 312 000 € retire 2 564 € de l'indemnité. La même franchise sur une marge brute de 900 000 € en retirerait près de 7 400 € : le montant réel dépend de votre taille, ce qui rend la comparaison entre deux devis trompeuse tant qu'on n'a pas fait la conversion. Convertissez toujours la franchise en euros avant de comparer.
Les frais supplémentaires d'exploitation
Ce sont les dépenses que vous engagez pour continuer à produire malgré le sinistre : location d'un local provisoire, matériel loué, sous-traitance de dépannage, transport supplémentaire, heures supplémentaires, campagne de réouverture. La règle qui les encadre est contractuelle et porte un nom constant, la dépense utile : l'assureur les prend en charge dans la limite de la perte de marge brute qu'elles ont permis d'éviter. Elle figure à vos conditions générales, et le plafond éventuel aux conditions particulières. Dépenser 14 000 € pour préserver 52 000 € de marge est admis sans discussion ; dépenser 14 000 € pour en sauver 6 000 ne l'est qu'à hauteur de 6 000 €, sauf accord préalable de l'assureur. D'où le réflexe : faire valider les dépenses importantes par écrit avant de les engager, et conserver les factures.
Les pertes indirectes, qui n'ont rien à voir
La garantie « pertes indirectes » est un forfait destiné à couvrir les frais annexes d'un sinistre matériel — déplacements, temps administratif, petits frais non justifiables un par un. Elle s'exprime en pourcentage de l'indemnité des dommages matériels et le taux figure aux conditions particulières. Elle ne remplace en rien la perte d'exploitation, qui répare une marge : confondre les deux conduit à croire assuré un risque qui ne l'est pas. Le glossaire de l'assurance détaille les termes de ce vocabulaire contractuel.
Que se passe-t-il si vous avez déclaré une marge brute trop basse ?
L'indemnité est réduite dans la proportion exacte de l'écart. L'article L. 121-5 du code des assurances prévoit que si la valeur de la chose assurée excède au jour du sinistre la somme garantie, « l'assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent, et supporte, en conséquence, une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire ».
Reprenons l'atelier. Sa marge brute réelle au jour du sinistre s'établit à 312 000 €, mais le contrat a été souscrit trois ans plus tôt, sur une marge brute de 234 000 €, et personne ne l'a actualisé depuis. Le rapport entre le capital garanti et la valeur réelle ressort à 75 %, et l'indemnité suit : les 131 000 € de perte de marge et de frais supplémentaires tombent à 98 250 €, dont il faut encore retirer la franchise de 2 564 €. Versement final : 95 686 € au lieu de 128 436 €. L'écart, 32 750 €, sort de la trésorerie de l'entreprise, au pire moment de sa vie. L'ordre d'application — règle proportionnelle avant ou après franchise — varie selon les contrats et se lit aux conditions particulières.
Trois choses à retenir de ce mécanisme. Il ne suppose aucune mauvaise foi : l'article L. 113-8, qui frappe de nullité le contrat, exige une réticence ou une fausse déclaration intentionnelle, tandis que la règle proportionnelle de capitaux s'applique à un assuré parfaitement honnête qui a simplement oublié de mettre son chiffre à jour. Il ne se confond pas non plus avec la règle proportionnelle de primes de l'article L. 113-9, qui sanctionne une déclaration de risque inexacte de bonne foi en réduisant l'indemnité « en proportion du taux des primes payées par rapport au taux des primes qui auraient été dues » : deux mécanismes différents que le seul mot « proportionnelle » suffit à faire confondre. Il n'est pas d'ordre public : le texte réserve la « convention contraire », et certains contrats prévoient une clause d'ajustabilité ou de dérogation qui neutralise la réduction, parfois dans une limite de pourcentage. Et il se vérifie en une minute : la ligne « marge brute garantie » de vos conditions particulières, comparée à la dernière liasse fiscale.
Le bon réflexe annuel
Une fois par an, au moment où votre expert-comptable vous remet le bilan, comparez la marge brute de l'exercice à celle qui est écrite au contrat et signalez l'écart à votre assureur. Cinq minutes par an, et la règle proportionnelle ne vous concerne plus. Cette discipline vaut d'ailleurs pour tous vos capitaux : matériel, stock, aménagements. Si vous êtes locataire d'un local, la question croise directement les obligations de votre bail, détaillées dans notre article sur l'assurance obligatoire en bail commercial.
Le sinistre vient d'arriver : que faire dans les premiers jours ?
Déclarez dans le délai fixé par votre contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés (article L. 113-2 du code des assurances), réunissez immédiatement les pièces comptables qui serviront au calcul, et ne réparez rien d'irréversible avant le passage de l'expert. Les décisions prises la première semaine déterminent le montant que vous toucherez douze mois plus tard.
1. Déclarer, dans le bon délai
L'article L. 113-2 du code des assurances impose de donner avis à l'assureur « dès qu'il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat », ce délai ne pouvant être inférieur à cinq jours ouvrés — ramené à deux jours ouvrés en cas de vol. Le même article protège l'assuré retardataire : la déchéance pour déclaration tardive, lorsqu'elle est prévue au contrat, n'est opposable que si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice. La déchéance est également écartée lorsque le retard est dû à un cas fortuit ou à un cas de force majeure. Ce n'est pas une raison pour traîner, c'est une raison pour déclarer même si le délai est passé.
En catastrophe naturelle, l'article L. 125-2 impose que le contrat prévoie l'avis de sinistre « dès qu'il en a eu connaissance, et au plus tard trente jours après la publication de l'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle ». Trente jours est donc une limite extérieure, pas un délai de confort : l'obligation de déclarer dès la connaissance du sinistre reste entière. Le même article prévoit qu'une provision sur les indemnités doit être versée dans les deux mois qui suivent la remise de l'état estimatif des biens endommagés ou des pertes subies, ou la date de publication de la décision administrative lorsque celle-ci est postérieure.
2. Préparer le dossier de perte d'exploitation
Le dommage matériel se photographie ; la perte d'exploitation se prouve par la comptabilité. Réunissez sans attendre les liasses fiscales des trois derniers exercices, les balances et les chiffres d'affaires mensuels de l'exercice en cours et du précédent, le carnet de commandes et les devis signés non encore facturés, les contrats en cours, et le détail de vos charges fixes. Tenez ensuite un journal du sinistre : dates, décisions, dépenses engagées, clients perdus et clients conservés. Ce document, banal à tenir, fait la différence au moment du chiffrage contradictoire.
3. Réduire la casse, immédiatement
Trois leviers se mobilisent dès la première semaine. L'activité partielle d'abord : l'article R. 5122-1 du code du travail range « un sinistre ou des intempéries de caractère exceptionnel » parmi les motifs de recours (3°), et l'article R. 5122-3 déroge dans ce cas à la demande préalable en laissant à l'employeur trente jours à compter du placement des salariés en activité partielle pour adresser sa demande, par tout moyen donnant date certaine à sa réception. Le motif ouvre la porte, il ne vaut pas accord : la décision appartient à l'administration, et les taux de l'allocation versée à l'employeur et de l'indemnité due au salarié sont fixés par voie réglementaire et évoluent — ils se vérifient auprès de l'administration au jour de la demande.
Le loyer ensuite : l'article 1722 du code civil prévoit que si la chose louée est détruite en totalité par cas fortuit, le bail est résilié de plein droit, et que si elle n'est détruite qu'en partie, le preneur peut, « suivant les circonstances », demander une diminution du prix ou la résiliation du bail, « dans l'un et l'autre cas » sans dédommagement. Deux réserves, et elles comptent : en destruction partielle, le choix du preneur s'apprécie au regard des circonstances, il n'est pas automatique ; et ce texte n'est pas d'ordre public, la Cour de cassation admettant que les parties en écartent l'application par une clause claire et précise du bail (Cass. 3e civ., 17 décembre 2015, n° 14-23385). Avant d'invoquer l'article 1722, relisez donc les clauses de votre bail commercial consacrées à la destruction des lieux : c'est le bail qui parle en premier.
La provision enfin : demandez-la par écrit dès que le principe de la garantie est acquis, sans attendre le rapport définitif.
4. Ne pas se battre seul sur le chiffrage
Face à l'expert de l'assureur, vous pouvez mandater un expert d'assuré, dont les honoraires sont parfois pris en charge, en tout ou partie, par une garantie « honoraires d'expert » de votre contrat : vérifiez sa présence et son plafond avant de signer un mandat. Votre expert-comptable, lui, est l'interlocuteur naturel sur la reconstitution du chiffre d'affaires de référence, puisqu'il détient les éléments qui serviront de base au calcul.
Enfin, la question qui revient toujours : l'indemnité de perte d'exploitation remplace une marge que vous auriez réalisée, elle s'inscrit donc en produit dans vos comptes et suit le sort fiscal de cette marge. Faites confirmer le traitement exact par votre expert-comptable : l'anticiper évite une mauvaise surprise au bilan suivant.
Si le document que votre bailleur ou votre banque vous réclame est une attestation plutôt qu'une indemnité, le circuit est différent et beaucoup plus court : il est décrit dans notre article sur l'attestation d'assurance réclamée par un bailleur. Et si votre besoin porte sur les dommages que votre travail peut causer à vos clients plutôt que sur l'arrêt de votre propre activité, c'est la responsabilité civile professionnelle qui répond, avec ses règles propres. La multirisque professionnelle réunit les deux logiques dans un seul contrat : les biens, la responsabilité, et la marge.
Vos questions sur la garantie perte d'exploitation
La garantie répare une marge, pendant une durée choisie au contrat, sur la base d'un capital que vous êtes seul à déclarer.
La garantie perte d'exploitation rembourse-t-elle mon chiffre d'affaires ?
Non. La garantie perte d'exploitation indemnise la marge brute perdue, c'est-à-dire le chiffre d'affaires manquant diminué des charges variables que le sinistre vous a évité d'engager. Les achats que vous n'avez pas faits, la sous-traitance que vous n'avez pas commandée et les commissions que vous n'avez pas versées ne vous ont rien coûté : ils ne sont donc pas un préjudice. L'assurance relative aux biens est un contrat d'indemnité au sens de l'article L. 121-1 du code des assurances, et l'indemnité due par l'assureur ne peut pas dépasser la valeur de la chose assurée au moment du sinistre.
La période d'indemnisation de perte d'exploitation démarre-t-elle à la réouverture ?
Non, elle court à compter du jour du sinistre. Une période de douze mois consomme donc les mois de travaux, de démarches et d'expertise avant même que vous ayez rouvert. C'est la raison pour laquelle la durée à retenir n'est pas la durée du chantier mais le temps nécessaire pour retrouver le niveau d'activité d'avant le sinistre, reconquête de la clientèle comprise. Au-delà du terme prévu au contrat, la perte reste intégralement à votre charge.
Que se passe-t-il si j'ai déclaré une marge brute inférieure à la réalité ?
L'indemnité est réduite dans la proportion de l'écart. L'article L. 121-5 du code des assurances dispose que si la valeur de la chose assurée excède au jour du sinistre la somme garantie, l'assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent et supporte une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire. Une marge brute déclarée à 75 % de sa valeur réelle ramène mécaniquement l'indemnité à 75 % de la perte. Certains contrats dérogent à cette règle par une clause d'ajustabilité : elle se vérifie dans les conditions particulières, jamais sur l'attestation.
Une fermeture administrative sans dégât matériel déclenche-t-elle la garantie perte d'exploitation ?
En principe non. La garantie perte d'exploitation se greffe sur un dommage matériel garanti par le contrat et survenu dans les locaux assurés : sans ce dommage, elle ne joue pas, sauf extension expresse souscrite dans vos conditions particulières. Ces extensions existent et portent des noms variables selon les assureurs : impossibilité d'accès aux locaux sur décision administrative, carence d'un fournisseur ou d'un sous-traitant, sinistre survenu chez un client. Aucune n'est automatique.
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