Changer d'assureur sans trou de garantie : reprise du passé et période subséquente.
Vous comparez deux tarifs de RC Pro et vous vous apprêtez à basculer. La ligne qui décidera du sort de toutes vos années passées ne figure ni dans le prix ni dans le plafond : c'est la base de déclenchement de la garantie. Voici où la lire, lequel des deux contrats paiera une erreur ancienne réclamée demain, et les trois chronologies qui, elles, ne laissent plus personne pour payer.
- Une seule ligne commande tout : la base de la garantie. L'article L. 124-5 du code des assurances pose deux modes de déclenchement — par le fait dommageable, ou par la réclamation — et impose au contrat de reproduire la définition légale du mode retenu.
- La reprise du passé n'existe qu'en base réclamation. Cette garantie couvre les sinistres dont le fait dommageable est antérieur à la date de résiliation, sans exiger qu'il soit postérieur à la prise d'effet. Une base fait dommageable ne reprend jamais le passé.
- Le délai subséquent ne peut être inférieur à cinq ans et son plafond ne peut être inférieur à celui de la garantie déclenchée pendant l'année précédant la résiliation (article L. 124-5). Ce n'est pas une prolongation du contrat : il ne recueille que les réclamations tardives sur des faits anciens.
- Ce qui ferme définitivement la porte, c'est la connaissance du problème, pas l'ancienneté de la faute : l'assureur ne couvre pas s'il établit que vous aviez connaissance du fait dommageable à la date de souscription de la garantie.
- Entre deux contrats successifs, la loi appelle d'abord la garantie « fait dommageable », pas le contrat en cours au jour de la réclamation. L'article L. 124-5 désigne en priorité la garantie déclenchée par le fait dommageable ayant pris effet après l'entrée en vigueur de la loi du 1er août 2003 de sécurité financière.
- Le vrai trou n'est pas celui qu'on croit : découvrir un problème entre deux contrats ne vous laisse pas sans assureur, car la garantie subséquente de l'ancien contrat joue tant que vous n'aviez pas encore resouscrit le jour où vous l'avez appris. Le trou se referme ailleurs : une date de rétroactivité au nouveau contrat, un délai subséquent expiré, ou une journée d'interruption en base fait dommageable.
Votre garantie se déclenche-t-elle par le fait dommageable ou par la réclamation ?
La garantie de responsabilité est, selon le choix des parties, déclenchée soit par le fait dommageable, soit par la réclamation : c'est l'article L. 124-5 du code des assurances qui pose ces deux modes, et le contrat doit reproduire la définition légale de celui qu'il retient. L'information se lit donc noir sur blanc dans vos conditions générales, à la rubrique intitulée le plus souvent « base de la garantie » ou « application de la garantie dans le temps ».
Les deux définitions tiennent en une phrase chacune, et elles n'ont rien d'équivalent.
La garantie déclenchée par le fait dommageable couvre l'assuré dès lors que le fait dommageable survient entre la prise d'effet initiale de la garantie et sa date de résiliation ou d'expiration, quelle que soit la date des autres éléments constitutifs du sinistre. Autrement dit, ce qui compte est la date de la faute. La réclamation peut arriver dix ans plus tard : c'est le contrat de l'époque qui répond, avec ses plafonds de l'époque.
La garantie déclenchée par la réclamation couvre l'assuré dès lors que le fait dommageable est antérieur à la date de résiliation ou d'expiration de la garantie, et que la première réclamation est adressée à l'assuré ou à son assureur entre la prise d'effet initiale de la garantie et l'expiration d'un délai subséquent mentionné par le contrat. Ici, ce qui compte est la date de la plainte du client.
Cette seconde formule est de loin la plus répandue en responsabilité civile professionnelle. Elle n'est d'ailleurs pas ouverte partout : lorsque la garantie couvre la responsabilité de personnes physiques en dehors de leur activité professionnelle, l'article L. 124-5 impose le déclenchement par le fait dommageable — et le même alinéa réserve à un décret en Conseil d'État la faculté d'imposer l'un de ces deux modes pour d'autres garanties. C'est la raison pour laquelle votre responsabilité civile vie privée ne connaît ni reprise du passé ni délai subséquent, alors que votre contrat professionnel, lui, en vit.
Qu'est-ce que la reprise du passé, et est-elle automatique ?
La reprise du passé désigne la couverture, par un contrat, de faits dommageables commis avant sa prise d'effet. Elle n'a de sens qu'en base réclamation : la définition légale de cette garantie exige seulement que le fait dommageable soit antérieur à la date de résiliation ou d'expiration, jamais qu'il soit postérieur à la prise d'effet. Une garantie déclenchée par le fait dommageable, elle, ne reprend rien : elle borne la couverture aux faits survenus pendant sa propre durée de vie.
L'expression « reprise du passé » est un terme de contrat, pas un terme de loi. C'est le titre que les assureurs donnent au paragraphe qui précise jusqu'où, en arrière, ils acceptent de remonter. Trois rédactions circulent, et elles n'engagent pas le même niveau de protection :
- une reprise sans date de rétroactivité, qui s'aligne sur la définition légale et ne pose aucune borne en arrière ;
- une reprise limitée à une date de rétroactivité — souvent la date de création de l'entreprise, parfois la date de prise d'effet du premier contrat d'une série continue ;
- une reprise subordonnée à la continuité de couverture, qui exige que vous ayez été assuré sans interruption depuis une date donnée, et vous demande d'en fournir la preuve.
Dans tous les cas, une limite s'impose au contrat et ne se négocie pas : l'assureur ne couvre pas l'assuré contre les conséquences pécuniaires des sinistres s'il établit que l'assuré avait connaissance du fait dommageable à la date de la souscription de la garantie (article L. 124-5 du code des assurances). La reprise du passé n'est donc pas une machine à assurer un incendie déjà déclaré : elle couvre ce que vous ignoriez, pas ce que vous saviez.
Deux réflexes en découlent au moment de changer. Le premier : demander par écrit la rédaction exacte de ce paragraphe avant de comparer les tarifs, parce qu'un contrat moins cher assorti d'une date de rétroactivité récente efface, en une ligne, toutes vos années antérieures. Le second : conserver les conditions particulières et les attestations de chacun de vos contrats successifs, y compris ceux qui n'existent plus. Ce sont ces documents qui prouveront la continuité exigée, et, le cas échéant, quel assureur doit payer.
La garantie subséquente de cinq ans : ce qu'elle couvre, ce qu'elle ne couvre pas
Le délai subséquent des garanties déclenchées par la réclamation ne peut être inférieur à cinq ans, et le plafond de la garantie déclenchée pendant ce délai ne peut être inférieur à celui de la garantie déclenchée pendant l'année précédant la date de résiliation du contrat (article L. 124-5 du code des assurances). Ce délai n'est pas une prolongation du contrat : il recueille les réclamations tardives portant sur des faits antérieurs à la résiliation, et rien d'autre.
La confusion coûte cher. Un professionnel qui résilie sa RC Pro au 31 décembre et cause un dommage au mois de février suivant n'est pas couvert par la garantie subséquente : le fait dommageable est postérieur à la résiliation, il sort par définition du périmètre. La période subséquente est un filet tendu vers l'arrière, jamais vers l'avant.
Cinq ans, mais une enveloppe dont il faut vérifier la mécanique
La loi fixe un plancher de durée et un plancher de montant. Elle ne dit rien d'une éventuelle reconstitution annuelle du plafond pendant ces cinq années : c'est donc le contrat qui décide si l'enveloppe est unique pour toute la période subséquente ou si elle se reconstitue. La question se pose par écrit, avant la résiliation, et la réponse se range avec les conditions particulières. Sur la façon de calibrer ce montant, notre article sur le plafond de garantie RC Pro détaille les trois limites qui cohabitent dans un même contrat.
Cessation d'activité, retraite, cession : le trou différé
Cinq ans paraissent longs tant qu'on les compare à un exercice comptable. Ils sont courts dès qu'on les compare au délai dont dispose une victime pour agir. L'action en responsabilité se prescrit par cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer (article 2224 du code civil), et par dix ans à compter de la consolidation du dommage lorsqu'il s'agit d'un dommage corporel (article 2226 du code civil). Le point de départ n'est pas la date de votre faute, mais celle de la découverte : une réclamation peut donc parfaitement se présenter après l'extinction d'un délai subséquent de cinq ans.
Pour un professionnel qui cesse son activité, part à la retraite ou cède son entreprise, la question à poser à l'assureur est donc simple : quelle durée subséquente le contrat prévoit-il au-delà du minimum légal, et à quel prix ? L'article L. 124-5 renvoie lui-même à un décret le soin de fixer les conditions dans lesquelles un délai plus long et un niveau de garantie subséquente plus élevé peuvent être prévus : au-delà des cinq ans, tout se joue dans la rédaction du contrat.
Certaines activités relèvent par ailleurs de régimes propres. La responsabilité civile médicale obéit ainsi à l'article L. 251-2 du code des assurances, et non au régime de droit commun : pour les risques mentionnés à l'article L. 1142-2 du code de la santé publique, le contrat garantit les sinistres dont la première réclamation est formée pendant sa période de validité, et le dernier contrat conclu par un professionnel de santé libéral avant sa cessation d'activité ou son décès comporte un délai subséquent qui, lui, ne peut être inférieur à dix ans — sans couvrir les réclamations postérieures à une éventuelle reprise d'activité. Si vous relevez de ce régime, les développements ci-dessus ne sont pas transposables tels quels.
Enfin, l'article L. 113-16 du code des assurances ouvre une faculté de résiliation à chacune des parties en cas de retraite professionnelle ou de cessation définitive d'activité professionnelle — mais à deux conditions cumulatives que l'on oublie souvent : le contrat doit avoir pour objet la garantie de risques en relation directe avec la situation antérieure et qui ne se retrouvent pas dans la situation nouvelle. Deux délais l'encadrent : la résiliation ne peut intervenir que dans les trois mois suivant la date de l'événement, et elle prend effet un mois après que l'autre partie en a reçu notification. L'assureur rembourse alors la portion de prime correspondant à la période non courue, et aucune indemnité de résiliation ne peut lui être due. Une porte de sortie utile, donc, mais étroitement datée — et qui ne règle pas, à elle seule, la question du passé.
Vous changez d'assureur : lequel des deux contrats paiera ?
Lorsqu'un même sinistre est susceptible de mettre en jeu les garanties apportées par plusieurs contrats successifs, c'est la garantie déclenchée par le fait dommageable qui est appelée en priorité — à condition qu'elle ait pris effet postérieurement à la prise d'effet de la loi n° 2003-706 du 1er août 2003 de sécurité financière, soit le 2 novembre 2003 pour ces dispositions (article L. 124-5 du code des assurances). Ce n'est donc pas le contrat en cours au jour de la réclamation qui est désigné, contrairement à une idée très répandue. Et cette règle ne joue qu'entre des contrats effectivement mobilisables : le croisement des deux bases de déclenchement donne quatre situations.
Le tableau ci-dessous prend une hypothèse unique : le fait dommageable a été commis du temps de l'ancien contrat, et la réclamation du client arrive après la bascule.
| Ancien contrat | Nouveau contrat | Qui répond ? | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Fait dommageable | Fait dommageable | L'ancien | Le fait est survenu pendant sa validité : la date de la réclamation est indifférente. Le nouveau contrat ne peut rien, le fait est antérieur à sa prise d'effet. |
| Fait dommageable | Réclamation | L'ancien, appelé en priorité | Les deux sont mobilisables, et c'est justement l'hypothèse visée par la règle de priorité : la loi appelle d'abord la garantie fait dommageable, donc l'ancien contrat. Le nouveau n'intervient qu'ensuite : c'est la configuration la plus solide. |
| Réclamation | Fait dommageable | L'ancien, dans son délai subséquent | Le nouveau est bien une garantie fait dommageable, mais il ne peut pas couvrir un fait antérieur à sa prise d'effet : il n'est pas mobilisable, et la règle de priorité reste sans objet. L'ancien joue parce que la garantie a été resouscrite sur la base du fait dommageable — mais cinq ans au minimum, pas au-delà. |
| Réclamation | Réclamation | Le nouveau, sauf connaissance antérieure | Cas le plus fréquent : aucune garantie fait dommageable dans la chaîne, donc aucune priorité légale à appliquer. Le nouveau couvre, sauf s'il établit votre connaissance du fait à la date de souscription ; dans ce cas, le délai subséquent de l'ancien prend le relais ou non selon la date à laquelle vous avez appris (voir plus bas). |
Deux enseignements se dégagent de ce tableau. Le premier tient à l'ordre des contrats : passer d'une base réclamation à une base fait dommageable réduit mécaniquement votre couverture du passé à la durée du délai subséquent, quand bien même le nouveau contrat serait plus cher et mieux plafonné. Le second tient à la portée réelle de la règle de priorité : elle ne se déclenche que si une garantie fait dommageable figure dans la chaîne. Dans la configuration la plus courante, réclamation vers réclamation, il n'y en a aucune ; c'est alors le nouvel assureur qui paie vos anciennes erreurs, ce qui explique le soin qu'il met à vous interroger sur ce que vous savez déjà.
Une précision décisive pour la dernière ligne, et c'est la phrase la plus mal lue de l'article L. 124-5 : la garantie subséquente de l'ancien contrat ne couvre un fait dommageable connu de vous après la résiliation que si, au moment où vous en avez eu connaissance, cette garantie n'avait pas été resouscrite, ou l'avait été sur la base du fait dommageable. Le texte date la vérification au jour où vous apprenez, pas au jour où vous signez. Une base réclamation resouscrite avant que vous n'appreniez quoi que ce soit neutralise le filet ; une base réclamation resouscrite après le laisse intact.
Le passé repris, écrit noir sur blanc.
Devis RC Pro en ligne sur votre activité réelle, base de la garantie et délai subséquent indiqués au contrat : l'attestation est établie par l'assureur une fois le contrat pris d'effet.
Les chronologies qui vous laissent vraiment sans assureur
Le trou de garantie ne vient pas d'un assureur de mauvaise foi : il vient d'un calendrier. Mais il n'est pas là où on le place d'ordinaire. Découvrir un problème entre deux contrats ne vous laisse pas sans assureur — c'est même la situation qui préserve le mieux vos droits. Ce qui tue vraiment, c'est une clause de rétroactivité, un délai subséquent éteint, ou une journée d'interruption en base fait dommageable.
Commençons par la séquence que l'on croit mortelle et qui ne l'est pas. Une agence de conseil est assurée en base réclamation jusqu'au 31 décembre 2025. Elle résilie à l'échéance pour un contrat moins cher, lui aussi en base réclamation, souscrit le 5 janvier 2026. Le 2 janvier 2026, un client l'appelle : une erreur de paramétrage livrée l'été précédent a faussé six mois de facturation. La réclamation formelle, chiffrée, arrive en mars.
- Le nouvel assureur peut effectivement refuser : au 5 janvier, date de souscription de la garantie, l'agence avait connaissance du fait dommageable. L'article L. 124-5 du code des assurances lui permet d'écarter sa garantie dès lors qu'il l'établit — et l'appel du 2 janvier en fait la preuve.
- Mais l'ancien assureur, lui, doit sa garantie : l'agence a eu connaissance du fait le 2 janvier. Ce jour-là, la garantie n'avait pas encore été resouscrite — la signature est du 5. La condition posée par le texte (« au moment où l'assuré a eu connaissance de ce fait dommageable, cette garantie n'a pas été resouscrite ») est remplie : le délai subséquent de l'ancien contrat recueille la réclamation de mars.
- La bonne réaction n'est donc pas de renoncer, mais de déclarer à l'ancien assureur, en datant précisément le jour où l'on a appris. C'est cette date, et non celle de la signature du nouveau contrat, qui commande.
Retenez le mécanisme, car il se retourne aussi contre vous. Si le nouveau contrat avait été souscrit le 20 décembre avec effet au 1er janvier, l'agence n'aurait rien su au jour de la souscription : le nouvel assureur n'aurait eu aucun moyen d'invoquer votre connaissance et aurait couvert le sinistre — mais le filet de l'ancien contrat, lui, aurait été neutralisé, la garantie ayant été resouscrite en base réclamation avant le 2 janvier. Un seul assureur répond dans chaque configuration ; ce n'est jamais le même.
Les trois chronologies qui, elles, ne laissent personne pour payer
Le vrai risque se loge ailleurs, dans trois situations que le tarif ne montre jamais :
- La date de rétroactivité du nouveau contrat. C'est le scénario le plus fréquent et le plus coûteux. Vous apprenez un problème ancien après avoir resouscrit en base réclamation : le filet de l'ancien contrat est neutralisé, et le nouveau contrat, qui devrait prendre le relais, exclut les faits antérieurs à une date de rétroactivité récente. Personne ne paie — et c'est une clause, pas la loi, qui a produit ce résultat.
- Le délai subséquent éteint. Au-delà de cinq ans après la résiliation, l'ancien contrat ne recueille plus rien, alors que la victime, elle, peut encore agir : les délais de prescription des articles 2224 et 2226 du code civil courent depuis la découverte du dommage, pas depuis votre faute.
- L'interruption en base fait dommageable. Là, un seul jour de vide est un trou pur : une faute commise ce jour-là n'est couverte par aucun des deux contrats, et aucune règle de priorité ne peut désigner un assureur qui n'existe pas.
Un client vous a déjà écrit : que faire avant de changer ?
Déclarez la réclamation à l'assureur en place pendant que le contrat court encore, et ne signez qu'ensuite. La raison n'est pas une règle de priorité — elle ne joue qu'au profit d'une garantie fait dommageable — mais une question de dates : une réclamation reçue pendant la période de validité de l'ancien contrat tombe sans discussion dans son périmètre, alors que tout ce que vous apprenez avant de signer le nouveau contrat peut être opposé par le nouvel assureur au titre de la connaissance du fait dommageable à la date de souscription.
La réclamation est l'acte du tiers, pas le vôtre : c'est le courriel, le courrier ou l'assignation par lequel votre client met en cause votre responsabilité. Sa date fait basculer le dossier d'un contrat à l'autre, ce qui donne trois gestes concrets.
- Horodatez la réclamation et conservez le message d'origine. Cette date, et non celle de votre déclaration, détermine si la première réclamation tombe dans la période de validité de l'ancien contrat, dans son délai subséquent, ou déjà sous le nouveau. Horodatez de la même manière le jour où vous avez appris le problème : c'est l'autre date qui décidera de tout.
- Déclarez dans le délai prévu au contrat, que l'article L. 113-2 du code des assurances interdit de fixer à moins de cinq jours ouvrés pour un sinistre ordinaire — le même texte vous obligeant par ailleurs à donner avis à l'assureur dès que vous en avez eu connaissance. La déchéance pour déclaration tardive suppose d'abord une clause du contrat qui la prévoie ; elle ne peut ensuite vous être opposée que si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice, ni dans aucun cas où le retard est dû à un cas fortuit ou de force majeure. Autant de conditions qui protègent — mais qui se plaident, alors autant ne pas ouvrir ce débat.
- Répondez sans omission au questionnaire du nouvel assureur. La rubrique sur les circonstances susceptibles d'engager votre responsabilité n'est pas une formalité : c'est elle qui fixera, plus tard, ce que vous saviez à la date de souscription.
Taire la difficulté n'est pas une option praticable, et pas seulement pour des raisons morales. Une déclaration incomplète ou inexacte sans mauvaise foi établie ouvre la réduction proportionnelle de l'indemnité de l'article L. 113-9 du code des assurances : vous payez la prime et n'êtes indemnisé qu'en proportion. Une fausse déclaration intentionnelle expose à la nullité du contrat, prévue à l'article L. 113-8. Les deux chemins mènent au même endroit, l'un plus vite que l'autre.
Dernière vérification avant de basculer : la liste des activités déclarées. Un contrat changé, c'est un libellé d'activité réécrit, et une prestation qui figurait dans l'ancien peut disparaître du nouveau sans que personne ne le remarque. Le sujet est traité en détail dans notre article sur la RC Pro face à plusieurs activités dont une n'est pas déclarée, et l'exercice de comparaison ligne à ligne mérite les vingt minutes qu'il prend.
Les sept vérifications à faire avant de signer le nouveau contrat
Sept lignes décident de la continuité de votre couverture, et aucune ne figure sur un comparateur de prix. Elles se demandent par écrit à l'assureur ou au courtier, et se lisent dans les conditions générales et particulières avant la signature — jamais après.
- La base de la garantie du nouveau contrat — fait dommageable ou réclamation — et celle de l'ancien. Le croisement des deux détermine qui paiera vos anciennes erreurs.
- La rédaction exacte de la reprise du passé, et l'existence éventuelle d'une date de rétroactivité. Une date récente efface vos années antérieures en une ligne.
- La date de souscription, qui doit se situer à un moment où aucun problème n'est encore venu à votre connaissance — donc, en pratique, avant la fin de l'ancien contrat — et la date d'effet, qui doit coïncider avec le jour où l'ancien s'arrête. Deux dates, deux vérifications.
- Le délai subséquent du contrat que vous quittez, sa durée réelle, et si son plafond constitue une enveloppe unique pour toute la période ou se reconstitue.
- La liste des activités garanties, comparée mot à mot à celle de l'ancien contrat et à ce que vous facturez réellement aujourd'hui.
- Les plafonds et sous-plafonds, en particulier celui des dommages immatériels non consécutifs, qui est la ligne mobilisée pour une prestation intellectuelle.
- Les circonstances connues à déclarer, et la date à laquelle vous en avez eu connaissance. C'est la pièce qui décidera de tout si un litige survient.
À ces sept lignes s'ajoute une habitude d'archivage : conservez les conditions particulières et les attestations de tous vos contrats successifs, y compris résiliés depuis longtemps. Le jour où une réclamation ancienne se présente, c'est la pile de vos anciens contrats qui désigne le payeur, et personne d'autre ne la détient à votre place.
Chez Clikassur, le devis se fait en ligne sur votre activité réelle et les conditions du contrat — base de la garantie, reprise du passé, délai subséquent, plafonds — sont communiquées avant la souscription, pas après. Notre devis RC Pro en ligne est finalisé avec un conseiller qui vous recontacte, la page RC Pro détaille les garanties, et notre guide de la RC Pro par situation rassemble les cas de figure les plus fréquents. Si le document vous est réclamé avant même que vous ayez tranché, notre article sur l'attestation de RC Pro et ses délais réels indique quoi répondre dans l'intervalle.
Vos questions sur la reprise du passé et le délai subséquent
Le sort de vos années passées ne dépend ni du prix ni du plafond du nouveau contrat, mais de deux dates : celle de votre souscription et celle où vous avez appris qu'il y avait un problème.
Qu'est-ce que la reprise du passé en RC Pro ?
La reprise du passé désigne la couverture, par un contrat, de faits dommageables commis avant sa prise d'effet. Elle n'existe que dans les garanties déclenchées par la réclamation : l'article L. 124-5 du code des assurances définit cette garantie comme couvrant les sinistres dont le fait dommageable est antérieur à la date de résiliation ou d'expiration de la garantie, sans exiger qu'il soit postérieur à la prise d'effet. Une garantie déclenchée par le fait dommageable, elle, ne reprend jamais le passé : elle ne couvre que les faits survenus entre sa prise d'effet initiale et sa résiliation.
La garantie subséquente de 5 ans prolonge-t-elle mon contrat ?
Non. Le délai subséquent, qui ne peut être inférieur à cinq ans selon l'article L. 124-5 du code des assurances, ne recueille que les réclamations tardives portant sur des faits dommageables antérieurs à la résiliation du contrat. Aucun fait commis après la résiliation n'y entre. Le même article prévoit que le plafond de la garantie déclenchée pendant ce délai ne peut être inférieur à celui de la garantie déclenchée pendant l'année précédant la résiliation, mais il ne dit rien de sa reconstitution annuelle : seules vos conditions particulières indiquent si cette enveloppe est unique pour les cinq ans.
Je change d'assureur alors qu'un client m'a déjà écrit : que se passe-t-il ?
Le nouvel assureur ne vous couvrira pas s'il établit que vous aviez connaissance du fait dommageable à la date de souscription de la garantie : l'article L. 124-5 du code des assurances le prévoit expressément. La bonne manœuvre est donc de déclarer la réclamation à l'assureur en place pendant que le contrat court encore, et de ne signer qu'ensuite : une réclamation reçue pendant la période de validité de l'ancien contrat tombe sans discussion dans son périmètre. Attention à une idée reçue : en RC Pro de droit commun, ce n'est pas le contrat en vigueur au jour de la première réclamation qui est appelé en priorité, mais la garantie déclenchée par le fait dommageable ayant pris effet après l'entrée en vigueur de la loi du 1er août 2003 de sécurité financière. La règle du contrat en vigueur au moment de la première réclamation appartient au régime spécial de la responsabilité civile médicale (article L. 251-2). Taire la difficulté au nouvel assureur n'améliore rien : l'omission sans mauvaise foi établie ouvre la réduction proportionnelle de l'article L. 113-9, et la fausse déclaration intentionnelle la nullité de l'article L. 113-8.
Mon ancien assureur refuse au motif que j'ai resouscrit ailleurs : a-t-il raison ?
Pas nécessairement, et c'est un point souvent mal lu. Pour un fait dommageable dont vous avez eu connaissance après la résiliation, l'article L. 124-5 du code des assurances subordonne la garantie subséquente à une condition datée au jour de la connaissance : la garantie joue si, au moment où vous avez eu connaissance du fait dommageable, elle n'avait pas été resouscrite, ou l'avait été sur la base du déclenchement par le fait dommageable. Le texte ne regarde donc pas si vous avez resouscrit un jour, mais si vous aviez déjà resouscrit le jour où vous avez appris. Si vous avez appris le problème avant de signer votre nouveau contrat, la garantie subséquente de l'ancien contrat reste due. Rassemblez la preuve de ces deux dates : le message du client et la date de signature du nouveau contrat.
Je pars à la retraite : cinq ans de garantie subséquente suffisent-ils ?
Pas nécessairement, car la durée pendant laquelle une victime peut agir ne se cale pas sur la durée de votre garantie. L'action en responsabilité se prescrit par cinq ans à compter du jour où la victime a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer (article 2224 du code civil), et par dix ans à compter de la consolidation du dommage lorsqu'il s'agit d'un dommage corporel (article 2226 du code civil). Une réclamation peut donc arriver après l'extinction d'un délai subséquent de cinq ans. Demandez par écrit à l'assureur la durée exacte prévue au contrat et son prix, l'article L. 124-5 renvoyant à un décret les conditions dans lesquelles un délai plus long peut être fixé. Certaines activités réglementées relèvent en outre de régimes propres : pour un professionnel de santé libéral, l'article L. 251-2 du code des assurances impose au dernier contrat conclu avant la cessation d'activité ou le décès un délai subséquent qui ne peut être inférieur à dix ans.
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