RC Pro ou multirisque professionnelle : l'arbre de décision en 4 questions.
Les deux contrats portent le mot « professionnelle » et ne couvrent pas du tout la même chose : l'un répare ce que vous devez aux autres, l'autre ce que vous perdez vous-même. Quatre questions suffisent à savoir lequel vous manque aujourd'hui, lequel peut attendre, et ce qu'aucun des deux ne paiera jamais.
- Deux patrimoines, deux contrats. La RC Pro indemnise le dommage que votre travail cause à un tiers ; la multirisque professionnelle indemnise vos biens détruits et le chiffre d'affaires que leur destruction vous fait perdre.
- « Multirisque professionnelle » n'est pas une catégorie juridique : aucun article du code des assurances ne la définit. C'est un assemblage de garanties — dommages aux biens, perte d'exploitation, responsabilité civile — dont le contenu change d'un contrat à l'autre.
- Le volet responsabilité d'une multirisque est le plus souvent une RC exploitation, pas une RC professionnelle. La première répond du visiteur qui se blesse, la seconde de l'erreur commise dans votre prestation. Deux périmètres, deux sinistres, deux lignes distinctes dans les conditions particulières.
- Une RC Pro seule n'ouvre jamais droit à la garantie catastrophes naturelles. L'article L. 125-1 du code des assurances réserve cette extension légale aux contrats garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens.
- Déclarer des capitaux trop bas se paie au sinistre : l'article L. 121-5 du code des assurances considère l'assuré comme restant son propre assureur pour l'excédent ; il « supporte, en conséquence, une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire ».
Quelle est la différence entre une RC Pro et une multirisque professionnelle ?
La RC Pro assure ce que vous devez aux autres quand votre travail leur cause un dommage ; la multirisque professionnelle assure ce que vous possédez et ce que vous perdez quand votre local, votre matériel ou votre stock sont détruits. Les deux contrats ne se remplacent jamais : ils protègent deux patrimoines différents, celui de vos clients et le vôtre.
Une précision de vocabulaire évite ensuite beaucoup de malentendus. La responsabilité civile professionnelle désigne une garantie précise : elle prend en charge les conséquences pécuniaires de la responsabilité que vous encourez à cause d'une faute, d'une erreur ou d'une omission commise dans l'exercice de votre activité. La multirisque professionnelle, elle, ne désigne rien de normé : aucun texte ne la définit, aucun contenu minimal ne lui est imposé. C'est un paquet commercial qui réunit habituellement trois familles de garanties — les dommages aux biens, la perte d'exploitation, et un volet de responsabilité civile — dont le périmètre exact se lit contrat par contrat.
D'où la première règle de lecture : sur un devis de RC Pro, vous regardez des plafonds ; sur un devis de multirisque, vous regardez des capitaux. Ce ne sont pas les mêmes chiffres et ils ne servent pas à la même chose. Le plafond borne ce que l'assureur versera à la victime ; le capital déclaré borne ce qu'il vous versera à vous, et il doit correspondre à la valeur réelle de vos biens.
Le tableau ci-dessous répartit les sinistres les plus courants entre les deux contrats. Il suffit à lui seul à trancher la moitié des cas.
| Ce qui arrive | RC Pro | Multirisque professionnelle |
|---|---|---|
| Erreur, oubli ou conseil fautif dans votre prestation | Oui | Seulement si un volet RC professionnelle est expressément souscrit |
| Un visiteur se blesse dans vos locaux | Selon le contrat : beaucoup de RC Pro intègrent un volet RC exploitation | Oui, par le volet RC exploitation |
| Incendie, dégât des eaux ou vol dans vos locaux | Non | Oui |
| Vitrine brisée, enseigne arrachée | Non | Oui si la garantie bris de glace figure au contrat ; l'enseigne suppose qu'elle y soit nommément visée |
| Votre matériel professionnel est volé ou détruit | Non | Oui, dans la limite du capital déclaré |
| Votre activité s'arrête après un sinistre garanti | Non | Oui, par la garantie perte d'exploitation |
| Catastrophe naturelle constatée par arrêté | Non : aucun bien n'est assuré par ce contrat | Oui, extension légale (art. L. 125-1 du code des assurances) |
| Désordre affectant un ouvrage que vous avez construit | Non | Non : c'est l'assurance décennale (art. L. 241-1) |
Deux lignes méritent qu'on s'y arrête. La garantie catastrophes naturelles d'abord : l'article L. 125-1 du code des assurances ouvre le droit à cette garantie aux contrats « garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France ». Une RC Pro ne garantit aucun bien ; elle n'emporte donc jamais cette extension. Si votre local est en zone inondable ou en secteur exposé au retrait-gonflement des argiles, ce seul point classe la décision. La dernière ligne ensuite : la réponse « ni l'un ni l'autre » existe, et elle est plus fréquente qu'on ne le croit — nous y revenons plus bas.
Question 1 : qui vous réclame quoi, et sur quel document ?
Commencez par l'exigence écrite, pas par le produit. Un bail renvoie à l'assurance des locaux, donc à la multirisque ; un contrat client, un marché public ou les conditions d'une plateforme renvoient à la RC Pro ; un texte propre à votre profession peut imposer la RC Pro par la loi. Le document fait foi, pas le mot employé au téléphone.
Le mot « professionnelle » est le piège de ce dossier. Un bailleur qui écrit « merci de m'adresser votre assurance professionnelle » veut l'assurance de son local ; un donneur d'ordre qui écrit exactement la même phrase veut une responsabilité civile professionnelle. Même formulation, deux contrats différents. Une question de trois lignes — « souhaitez-vous l'attestation couvrant les locaux et leur contenu, ou celle couvrant ma responsabilité civile professionnelle ? » — évite de souscrire le mauvais contrat et de recommencer huit jours plus tard.
Les quatre sources d'exigence, et ce qu'elles commandent
- Un bail. Le bail commercial ou professionnel comporte presque toujours une clause d'assurance, et l'article 1733 du code civil fait par ailleurs répondre le locataire de l'incendie. Attention à la portée exacte de ce texte : le locataire ne s'en dégage qu'en prouvant l'une des causes qu'il énumère limitativement — cas fortuit, force majeure, vice de construction, ou feu communiqué par une maison voisine. Démontrer qu'on n'a commis aucune faute ne suffit donc pas à écarter la présomption. C'est la multirisque qui est visée. Le sujet est traité en détail dans notre article sur l'assurance obligatoire en bail commercial, et le document à transmettre est décrit dans celui consacré à l'attestation réclamée par le bailleur.
- Un contrat client ou un marché. La clause d'assurance d'un contrat de prestation, le règlement de consultation ou le CCAP d'un marché public visent la responsabilité civile professionnelle et, le cas échéant, un plafond minimal. Pour la commande publique, au stade de la candidature, l'acheteur ne peut réclamer que les documents figurant sur la liste de l'arrêté du 22 mars 2019 pris pour l'application de l'article R. 2143-11 du code de la commande publique — ce qui ne l'empêche pas d'imposer une assurance au titre de l'exécution du marché : voyez l'attestation RC Pro dans un appel d'offres et, côté privé, la RC Pro exigée par un client avant signature.
- Un texte réglementant votre profession. Il n'existe aucune obligation générale d'assurance de responsabilité civile professionnelle en droit français, mais des obligations spéciales, profession par profession : article L. 512-6 du code des assurances pour les intermédiaires en assurance, article L. 1142-2 du code de la santé publique pour les professionnels de santé exerçant à titre libéral, article 3 de la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970 pour les agents immobiliers, article L. 211-18 du code du tourisme pour les opérateurs de voyages. Quand un tel texte s'applique, la question de l'arbitrage disparaît : la RC Pro est due.
- Un maître d'ouvrage sur un chantier. L'attestation demandée porte alors sur la garantie décennale, imposée par l'article L. 241-1 du code des assurances à toute personne dont la responsabilité décennale peut être engagée. Ni la RC Pro ni la multirisque ne la remplacent : c'est un troisième contrat, détaillé dans notre article sur l'attestation décennale qui bloque un chantier.
Question 2 : que possédez-vous qui peut brûler, être volé ou être inondé ?
Faites la liste de ce qui disparaîtrait dans un incendie de vos locaux : aménagements, matériel, stock, marchandises, archives, biens que vos clients vous ont confiés. Si le total dépasse ce que votre trésorerie pourrait racheter, la multirisque professionnelle est le contrat qui vous manque le plus — et aucune RC Pro ne remboursera jamais un euro de cette liste.
Cette liste est presque toujours sous-estimée, pour quatre raisons qui reviennent systématiquement.
- Les aménagements et embellissements. Cloisons, faux plafonds, comptoir, vitrine, électricité, peintures : quand c'est le locataire qui les a payés, ils lui appartiennent et doivent figurer dans ses capitaux. Beaucoup de déclarations s'arrêtent au matériel et au stock, et oublient le poste le plus cher à reconstruire.
- Le matériel loué ou financé. Un bien pris en location longue durée ou en crédit-bail ne vous appartient pas, mais le contrat vous en rend généralement responsable jusqu'à sa restitution. Il doit être déclaré, faute de quoi vous devrez le rembourser sans être indemnisé.
- Le stock qui varie. Un stock déclaré sur sa valeur moyenne annuelle laisse un trou béant si le sinistre survient à la période où il est au plus haut. La question à poser à l'assureur est simple : sur quelle valeur le capital est-il fixé, et existe-t-il une clause d'ajustement pour les pics ?
- Les biens confiés. Le véhicule laissé par un client, le matériel en réparation, les documents remis pour traitement ne vous appartiennent pas et ne sont couverts que par une garantie dédiée, qui n'est pas toujours incluse d'office.
Pourquoi un capital trop bas coûte deux fois
L'article L. 121-5 du code des assurances dispose que si la valeur de la chose assurée excède, au jour du sinistre, la somme garantie, l'assuré « est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent, et supporte, en conséquence, une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire ». C'est la règle proportionnelle de capitaux, et sa mécanique est arithmétique : l'indemnité est réduite dans le rapport entre le capital déclaré et la valeur réelle.
Un exemple volontairement rond et purement illustratif : contenu professionnel déclaré pour 40 000 €, valeur réelle au jour du sinistre 80 000 €, dommage de 20 000 €. Le rapport est de 40 000 / 80 000, soit la moitié : l'indemnité tombe à 10 000 €, avant application de la franchise. La réduction s'applique alors même que le sinistre est très inférieur au capital déclaré — c'est le point qui surprend le plus. Les deux derniers mots de l'article comptent autant que le reste : « sauf convention contraire ». Certains contrats prévoient une clause de renonciation à la règle proportionnelle, ou une indemnisation en valeur déclarée ; cela se lit dans les conditions particulières, et cela se demande au devis. La page multirisque professionnelle détaille poste par poste ce qu'il faut compter.
Et si vous n'avez pas de local ? La question ne disparaît pas, elle change de forme. Un contrat d'assurance habitation couvre l'occupation d'un logement, pas l'exercice d'une activité professionnelle : le matériel professionnel entreposé chez vous et la responsabilité liée à l'activité relèvent d'une extension expresse ou d'un contrat distinct. Nous détaillons ce point dans notre article sur l'assurance habitation et le travail à domicile.
Local, matériel, stock : chiffrez votre multirisque.
Devis en ligne selon vos capitaux réels et votre activité déclarée en toutes lettres. L'attestation est établie par l'assureur une fois le contrat pris d'effet.
Question 3 : votre dommage type vient-il de votre prestation ou de votre exploitation ?
Le dommage causé à un tiers relève de deux garanties distinctes selon son origine. La RC exploitation répond des accidents de la vie courante de l'entreprise : un visiteur qui chute, une fuite qui atteint le voisin, un salarié qui abîme le bien d'un client. La RC professionnelle répond des fautes commises dans la prestation elle-même : un conseil erroné, un livrable défectueux, un calcul faux, un délai manqué.
La distinction n'est pas théorique, elle décide de qui paie. Dans le premier cas, le dommage naît d'un fait matériel de l'entreprise, et se rattache aux articles 1240 et suivants du code civil — faute, fait des choses que l'on a sous sa garde, fait des personnes dont on répond. Dans le second, le dommage naît du contenu même du travail livré, et il est le plus souvent purement financier : un chiffre d'affaires perdu, un marché manqué, des données à ressaisir, une chaîne arrêtée. Les contrats appellent ce préjudice un dommage immatériel non consécutif, parce qu'aucun dommage matériel ni corporel ne l'a précédé.
Le contrôle à faire sur votre devis, en trente secondes
Beaucoup de devis de multirisque professionnelle affichent « responsabilité civile incluse ». Cette mention désigne, dans la très grande majorité des cas, la seule RC exploitation. Trois vérifications suffisent à savoir ce que vous achetez vraiment :
- cherchez la ligne « dommages immatériels non consécutifs ». Si elle est absente, ou dotée d'un montant symbolique au regard du plafond général, la RC professionnelle n'est pas dans le contrat ;
- lisez le libellé exact de l'activité garantie. Une activité décrite plus étroitement que ce que vous vendez réellement fragilise la couverture bien avant le plafond ;
- repérez la base de la garantie — déclenchement par le fait dommageable ou par la réclamation, au sens de l'article L. 124-5 du code des assurances. Cette ligne décide du sort des erreurs anciennes et de ce qui se passe quand vous changez d'assureur. Elle est expliquée sur notre page RC Pro.
Quant au montant lui-même, il ne se déduit d'aucun barème : il se lit dans la clause de votre client, puis se compare au dommage maximal que votre activité peut causer. Nous avons consacré un article entier à ce calcul, choisir le plafond de sa RC Pro, et un autre à la question de savoir quand la RC Pro devient réellement utile en freelance.
Une conséquence pratique mérite d'être posée noir sur blanc : un professionnel qui reçoit du public dans un local et qui vend aussi une prestation intellectuelle a besoin des deux volets, et ils ne viennent pas du même contrat. Le commerçant qui conseille, le formateur qui loue une salle, l'artisan qui établit des devis techniques sont exactement dans ce cas.
Question 4 : combien de temps votre activité survit-elle à un arrêt ?
Comptez ce que vous continueriez à payer si votre local fermait demain — loyer, salaires, échéances de crédit, abonnements — puis combien de mois vous tiendriez sans encaisser. Cette durée est la seule donnée qui décide de la garantie perte d'exploitation, et cette garantie n'existe que dans la multirisque professionnelle.
La perte d'exploitation ne rembourse pas un bien : elle compense la marge brute que le sinistre vous fait perdre et les frais fixes qui continuent de courir pendant l'arrêt. C'est elle qui paie le loyer d'un local inutilisable, les salaires d'une équipe qui ne produit pas, l'échéance de crédit d'une machine détruite. Son intérêt est de couvrir précisément le moment où l'entreprise n'a plus de recettes et conserve toutes ses charges.
La période d'indemnisation, le paramètre qu'on choisit mal
Vous choisissez au contrat une période d'indemnisation, exprimée en mois. L'erreur classique consiste à la caler sur la durée des travaux. Ce n'est pas la bonne mesure : la période utile court jusqu'au retour au niveau d'activité d'avant le sinistre, pas jusqu'à la réouverture. Une boutique qui rouvre au bout de quatre mois met souvent plus longtemps à retrouver sa clientèle, et cette reconquête fait partie du préjudice. Posez-vous la question dans ce sens : combien de mois après la réouverture votre chiffre d'affaires retrouve-t-il son niveau ?
Trois points de vigilance complètent le tableau. D'abord, la perte d'exploitation classique est l'accessoire d'un dommage matériel garanti : sans sinistre matériel couvert par le contrat, elle ne se déclenche pas, sauf extension expressément écrite. Ensuite, la base de calcul est votre marge brute, et non votre chiffre d'affaires : la sous-déclarer expose à une réduction de l'indemnité comparable à la règle proportionnelle de capitaux, selon la clause que votre contrat consacre à ce poste. Enfin, les délais de déclaration ne s'improvisent pas : l'article L. 113-2 du code des assurances impose que le délai fixé par le contrat pour déclarer un sinistre ne soit pas inférieur à cinq jours ouvrés, ce minimum étant ramené à deux jours ouvrés en cas de vol. Lisez bien le sens de la règle : votre contrat peut retenir un délai plus long, jamais plus court. Et lorsqu'une déchéance pour déclaration tardive y est stipulée, le même article ne permet de vous l'opposer que si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice.
Et la RC Pro dans tout cela ? Elle ne verse jamais rien au titre de votre propre perte de chiffre d'affaires. Elle indemnise le préjudice financier que vous causez à un tiers, pas celui que vous subissez. C'est la raison pour laquelle un indépendant sans local mais avec un risque de faute lourde et un commerçant avec vitrine et stock ne sont pas du tout au même endroit de cet arbre.
L'arbre de décision complet, et trois situations déroulées
Déroulez les quatre questions dans l'ordre : la première réponse ferme commande, et une obligation écrite l'emporte toujours sur un arbitrage de confort.
- 1. Un texte ou un contrat signé impose-t-il déjà une assurance ?
- Réglementation de votre profession, clause d'un contrat client, règlement de consultation → RC Pro, et le montant se lit dans le document. Fin de l'arbre pour ce besoin.
- Clause d'assurance d'un bail → multirisque professionnelle. Fin de l'arbre pour ce besoin.
- Chantier de construction → décennale : ni l'une ni l'autre.
- Aucune exigence écrite → question suivante.
- 2. Vos biens professionnels valent-ils plus que ce que votre trésorerie peut racheter ?
- Oui, local occupé, aménagements, matériel ou stock → multirisque professionnelle en priorité.
- Non, un ordinateur portable et rien d'autre → question suivante.
- 3. D'où vient le dommage que vous pouvez causer ?
- De votre prestation, de votre livrable, de votre conseil → RC professionnelle, avec un sous-plafond d'immatériels non consécutifs digne de ce nom.
- De votre activité matérielle, de vos locaux, de vos salariés → RC exploitation, le plus souvent comprise dans la multirisque.
- Des deux → les deux volets, et ils ne viennent pas du même contrat.
- 4. Combien de mois tenez-vous sans encaisser ?
- Charges fixes lourdes, trésorerie courte → perte d'exploitation, donc multirisque, avec une période d'indemnisation calée sur le retour au niveau d'activité.
- Charges quasi nulles, activité déplaçable ailleurs en une journée → la perte d'exploitation devient secondaire.
| Votre situation | Le contrat qui manque d'abord | Pourquoi |
|---|---|---|
| Prestation intellectuelle, pas de local dédié | RC Pro | Aucun capital significatif à protéger ; le risque réel est la faute dans le livrable et le préjudice financier qu'elle cause. |
| Commerce avec vitrine, stock et clientèle reçue sur place | Multirisque professionnelle | Biens, bris de glace, vol, RC exploitation et perte d'exploitation relèvent tous du même contrat. |
| Atelier, machines, interventions chez le client | Multirisque, puis RC Pro selon la prestation | Le capital matériel est lourd ; la responsabilité liée au travail livré se traite séparément. |
| Profession dont un texte impose l'assurance | RC Pro | L'obligation légale prime : l'arbitrage n'existe pas, et son absence expose, selon la profession, à des sanctions disciplinaires, administratives ou pénales. |
| Activité exercée au domicile | RC Pro, plus une solution pour le matériel | Le contrat habitation couvre l'occupation du logement, pas l'exercice d'une activité professionnelle. |
| Bâtiment, travaux de construction | Décennale (art. L. 241-1) | Ni la RC Pro ni la multirisque ne couvrent les désordres relevant de la responsabilité décennale. |
Trois situations passées à l'arbre
Une consultante en organisation, sans bureau. Question 1 : ses contrats clients comportent une clause d'assurance avec un plafond minimal. L'arbre s'arrête là — c'est une RC Pro, et le montant est écrit dans la clause. La question des capitaux ne se pose pas : elle n'a rien à assurer qu'un ordinateur. Son point de vigilance unique est le sous-plafond des dommages immatériels non consécutifs, puisque c'est exactement la forme que prendra son sinistre.
Un fleuriste locataire d'une boutique. Question 1 : son bail contient une clause d'assurance, et l'article 1733 du code civil le fait répondre de l'incendie sauf à prouver l'une des causes d'exonération que ce texte énumère. Multirisque, sans discussion. Question 2 : aménagements, chambre froide, stock périssable, vitrine — un capital que sa trésorerie ne rachète pas. Question 4 : loyer et salaires continuent pendant les travaux, la perte d'exploitation est déterminante. La RC professionnelle, en revanche, ne figure pas en tête de ses besoins : son risque de faute de conseil est marginal.
Un bureau d'études techniques installé dans des locaux loués. Les deux contrats sont nécessaires et l'ordre dépend de ce qui bloque aujourd'hui. Si un client attend une attestation pour signer, la RC Pro passe devant ; si le bail vient d'être signé, la multirisque passe devant. Dans les deux cas, la déclaration d'activité doit décrire l'ensemble des missions réellement vendues, faute de quoi le contrat protège une activité et pas l'autre. Notre guide de la RC Pro par situation déroule ce cas de figure.
Ce qu'aucun des deux contrats ne couvre
Cinq besoins sortent du périmètre commun à la RC Pro et à la multirisque professionnelle : la garantie décennale, l'assurance des véhicules, les conséquences d'une faute inexcusable de l'employeur, les risques cyber et la protection du dirigeant lui-même. Chacun suppose un contrat ou une option supplémentaire, jamais une simple extension de périmètre.
- La garantie décennale. L'article L. 241-1 du code des assurances impose à toute personne physique ou morale dont la responsabilité décennale peut être engagée de souscrire une assurance couvrant cette responsabilité. Elle a sa propre attestation, ses propres mentions et son propre calendrier : voyez la page assurance décennale.
- Les véhicules. L'obligation d'assurance de responsabilité civile automobile de l'article L. 211-1 du code des assurances vise tout véhicule terrestre à moteur, y compris utilitaires et véhicules de société. À partir de plusieurs véhicules, la question devient celle de la flotte automobile, dont les règles de bascule sont expliquées dans notre article sur le passage en flotte.
- La faute inexcusable de l'employeur, au sens de l'article L. 452-1 du code de la sécurité sociale, qui ouvre à la victime d'un accident du travail une indemnisation complémentaire : elle fait l'objet d'une garantie spécifique, à vérifier ligne à ligne.
- Les risques cyber — rançongiciel, fuite de données, interruption de service d'origine informatique — qui relèvent d'un contrat ou d'une extension dédiée, et non du volet responsabilité d'une multirisque.
- La protection du dirigeant lui-même : sa santé, sa prévoyance, son arrêt de travail et, le cas échéant, sa responsabilité personnelle de mandataire social ne sont couvertes ni par la RC Pro de la société ni par la multirisque de ses locaux.
À cette liste s'ajoutent deux postes qui se négocient à la souscription plutôt qu'après : le matériel sorti du local — ordinateurs, outillage, matériel dit nomade — et les marchandises transportées, qui ne sont pas couvertes par la seule garantie des biens situés dans l'établissement. Si l'un ou l'autre représente une part importante de votre outil de travail, dites-le au devis : c'est le moment où cela coûte le moins cher à ajouter. Le vocabulaire employé par les contrats est repris dans notre glossaire de l'assurance.
Vos questions sur le choix entre RC Pro et multirisque professionnelle
La RC Pro protège le patrimoine de vos clients, la multirisque protège le vôtre : la question n'est donc pas de choisir un camp, mais de savoir lequel des deux vous expose le plus aujourd'hui.
Quelle est la différence entre une RC Pro et une multirisque professionnelle ?
La RC Pro indemnise le dommage que votre travail cause à un tiers : une erreur, un oubli, un conseil fautif dans votre prestation. La multirisque professionnelle indemnise vos propres biens — local, aménagements, matériel, stock — et la perte d'exploitation qui suit leur destruction. La première protège le patrimoine de vos clients, la seconde le vôtre. Aucune des deux ne remplace l'autre.
La multirisque professionnelle inclut-elle la RC Pro ?
Pas automatiquement. Le volet responsabilité civile d'une multirisque professionnelle correspond le plus souvent à la RC exploitation, qui répond des dommages causés à des tiers dans la vie courante de l'entreprise : un visiteur qui se blesse, une fuite qui atteint le voisin. La responsabilité civile professionnelle, qui répond des fautes commises dans la prestation elle-même, n'est couverte que si vos conditions particulières l'écrivent. Cherchez la ligne « dommages immatériels non consécutifs » : si elle est absente ou symbolique, la RC professionnelle n'est pas là.
Peut-on souscrire une multirisque professionnelle sans local ?
Une multirisque professionnelle se construit autour de biens à assurer. Sans local ni matériel significatif, elle perd l'essentiel de son objet et la RC Pro devient le contrat principal. Si vous travaillez depuis votre domicile, vérifiez surtout un point : un contrat d'assurance habitation couvre l'occupation d'un logement, pas l'exercice d'une activité professionnelle. Le matériel professionnel et la responsabilité liée à l'activité relèvent d'une extension expresse ou d'un contrat professionnel distinct.
Par lequel commencer quand le budget est serré ?
Commencez par le risque que vous ne pourriez pas payer vous-même. Si votre activité tient dans un local avec du stock et du matériel, c'est la multirisque professionnelle : un incendie détruit un capital que votre trésorerie ne rachètera pas. Si votre activité est une prestation intellectuelle sans biens significatifs, c'est la RC Pro : la victime dispose d'une action directe contre l'assureur du responsable (article L. 124-3 du code des assurances), et sans assureur, c'est votre patrimoine professionnel qui répond. Et si une obligation réglementaire ou un contrat signé impose déjà l'un des deux, la question ne se pose plus : ce document commande.
Pour aller au bout de la démarche : le devis RC Pro en ligne et le devis multirisque professionnelle se remplissent séparément, activité réelle déclarée en toutes lettres dans les deux cas. L'attestation est établie par l'assureur une fois le contrat pris d'effet.
Sur le même sujet.
Plafond de garantie RC Pro : quel montant choisir vraiment
Où lire l'exigence exacte de votre client, comment calculer le montant utile et comment relever le plafond.
ProsBail commercial : quelle assurance le locataire doit-il souscrire ?
Ce que le bail encadre, ce qu'il ne peut pas vous imposer, et le document à remettre au bailleur.
ProsAttestation RC Pro : les mentions qui comptent
Les mentions qui doivent y figurer, les pièges du libellé d'activité et le chemin le plus court.
Votre devis RC Pro en ligne.