Ouvrir son local : le rétroplanning des assurances, de J-30 au jour J.
Ouvrir un commerce, ce n'est pas choisir un contrat, c'est tenir un calendrier. Le bailleur réclame une attestation avant les clés, le chantier d'aménagement a ses propres règles, la mairie a son mot à dire sur l'ouverture au public, et le code des assurances vous donne quinze jours après pour déclarer ce qui a changé. Voici la chronologie, date par date.
- Trois dates ne se négocient pas — une par contrat, deux par les textes : l'attestation exigée par la clause d'assurance de votre bail (c'est le bail qui l'impose, pas la loi), l'autorisation d'ouverture d'un établissement recevant du public, à obtenir du maire avant d'ouvrir (article R. 143-38 du code de la construction et de l'habitation), et les quinze jours de l'article L. 113-2, 3° du code des assurances pour déclarer ce qui a changé après l'ouverture. Les autres jalons de cet article sont un calendrier de travail, pas des délais légaux.
- La date d'effet se cale sur la remise des clés, pas sur l'ouverture au public. Dès que vous avez la jouissance du local, les articles 1732 et 1733 du code civil font peser sur vous la présomption de responsabilité pour les dégradations et pour l'incendie.
- Un devis n'est pas une garantie. L'article L. 112-2 du code des assurances énonce que « la proposition d'assurance n'engage ni l'assuré, ni l'assureur ; seule la police ou la note de couverture constate leur engagement réciproque ».
- Les capitaux que vous déclarez décident de l'indemnité. L'article L. 121-5 laisse l'assuré « son propre assureur pour l'excédent » si la valeur assurée est inférieure à la valeur réelle, sauf convention contraire prévue au contrat.
- Pas de rétractation quand vous souscrivez à distance pour votre commerce : les quatorze jours de l'article L. 112-2-1 du code des assurances ne bénéficient qu'à la personne physique qui contracte à distance « à des fins qui n'entrent pas dans le cadre de son activité commerciale ou professionnelle ». Le contrat signé hors établissement relève d'un autre texte, l'article L. 221-3 du code de la consommation : à vérifier au cas par cas, jamais à supposer.
Combien de temps avant l'ouverture faut-il s'occuper des assurances ?
Un mois avant la remise des clés suffit largement ; quarante-huit heures avant ne suffisent pas toujours. Ce qui prend du temps n'est pas la souscription elle-même, ce sont les pièces à réunir, les capitaux à chiffrer et les allers-retours quand une attestation est refusée par le gestionnaire du bail.
Le calendrier ci-dessous part de la remise des clés, pas de la date d'ouverture au public : c'est la remise des clés qui fait basculer le local sous votre garde, et donc sous votre responsabilité. Entre les deux, il y a généralement le chantier d'aménagement, la livraison du mobilier, l'arrivée du premier stock — c'est-à-dire la période où le local contient déjà de la valeur et où personne n'a encore ouvert.
| Échéance | Ce qui se joue | Ce qui se passe si c'est en retard |
|---|---|---|
| J-30 | Lecture de l'article « Assurances » du bail, description de l'activité, demande de devis | Vous découvrez à J-2 une garantie exigée par le bail que votre contrat ne porte pas |
| J-21 | Chiffrage des aménagements, du matériel et du stock de pointe | Règle proportionnelle de l'article L. 121-5 au premier sinistre : indemnité réduite |
| J-15 | Attestation transmise au bailleur ou à son gestionnaire | Remise des clés repoussée ; à terme, jeu de la clause résolutoire (L. 145-41 du code de commerce) |
| J-7 | Contrats qui vivent hors de la multirisque : véhicule, salariés, travaux, RC professionnelle | Un utilitaire non assuré ; une dommages-ouvrage qui aurait dû être souscrite avant l'ouverture du chantier (L. 242-1) |
| J-1 | Mise en garantie à la date de remise des clés, paiement de la première prime | Un local sous votre garde sans contrat, pendant toute la phase travaux |
| Jour J | Pour un établissement recevant du public : l'autorisation d'ouverture du maire doit être déjà obtenue — la demande et la visite de réception de la commission de sécurité se placent en amont (R. 143-38) | Ouverture au public en dehors du cadre réglementaire |
| J+15 | Déclaration des circonstances nouvelles constatées à l'usage (L. 113-2, 3°) | Réduction proportionnelle de l'indemnité en cas de sinistre (L. 113-9) |
Une précision qui change la lecture du tableau : trois lignes seulement sont opposables. L'attestation de la ligne J-15 l'est parce que la clause de votre bail l'exige — c'est une obligation contractuelle, née du contrat que vous avez signé, et non une obligation légale d'assurance. L'autorisation d'ouverture du jour J l'est au titre de l'article R. 143-38 du code de la construction et de l'habitation. Les quinze jours de la ligne J+15 le sont au titre de l'article L. 113-2, 3° du code des assurances. J-30, J-21, J-7 et J-1 sont des jalons de travail, pas des délais légaux : aucun texte ne vous oblige à demander un devis trente jours avant. Ils servent à absorber les allers-retours, et c'est déjà beaucoup.
J-30 : que faut-il réunir avant de demander un devis ?
Deux documents suffisent à lancer la machine : l'article « Assurances » de votre bail, qui dicte les intitulés de garanties à obtenir, et une description complète et honnête de votre activité, y compris les activités secondaires que vous n'avez pas encore commencées.
Commencez par le bail, parce que c'est lui qui écrit le cahier des charges. Lorsqu'elle y figure — et elle y figure le plus souvent —, la clause d'assurance exige nommément la garantie des risques locatifs, le recours des voisins et des tiers, la responsabilité civile d'exploitation, souvent une renonciation réciproque à recours, parfois un capital minimal sur les aménagements. Ces exigences-là sont contractuelles : elles tiennent leur force du bail que vous signez, non d'une obligation légale d'assurance, et elles varient d'un bail à l'autre — raison de plus pour lire le vôtre plutôt qu'un modèle. Le détail de ce que cette clause peut vous imposer, et de ce que la loi impose en plus d'elle, est traité dans l'assurance obligatoire en bail commercial.
Vient ensuite l'identité de l'entreprise. Un contrat professionnel se souscrit au nom d'une personne identifiée : depuis le 1er janvier 2023, les formalités de création passent par le guichet unique électronique des formalités d'entreprises opéré par l'INPI, mis en place par l'article 1er de la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 dite loi PACTE. Certains contrats acceptent une société en cours d'immatriculation ; ne construisez pas votre calendrier sur cette hypothèse, lancez la formalité d'immatriculation avant de lancer les devis.
Décrire l'activité : la ligne sur laquelle tout se joue
La description de l'activité n'est pas une formalité administrative, c'est la définition du risque assuré. L'article L. 113-8 du code des assurances frappe de nullité le contrat en cas de réticence ou de fausse déclaration intentionnelle qui change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureur. Sans mauvaise foi, l'article L. 113-9 prend le relais : découverte après sinistre, la déclaration inexacte entraîne une réduction de l'indemnité « en proportion du taux des primes payées par rapport au taux des primes qui auraient été dues ».
Concrètement : un coin restauration dans une boutique déclarée en vente au détail, un atelier de retouche à l'arrière d'un magasin de prêt-à-porter, une activité de livraison ajoutée trois semaines après l'ouverture, une vente en ligne en parallèle du comptoir — tout cela se déclare avant, pas après. Rien n'est plus facile à ajouter à un devis, rien n'est plus coûteux à découvrir le jour d'un sinistre.
J-21 : comment chiffrer ce que vous allez déclarer ?
Trois lignes sont à chiffrer en valeur de remplacement, et non en valeur comptable : les aménagements que vous financez, le matériel et le mobilier, le stock de pointe. C'est le montant déclaré, et lui seul, qui plafonne ce que l'assureur versera.
L'article L. 121-5 du code des assurances pose la règle : lorsque la valeur de la chose assurée excède au jour du sinistre la somme garantie, l'assuré « est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent, et supporte, en conséquence, une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire ». Cette réserve finale compte : certains contrats dérogent expressément à la règle proportionnelle, d'autres non. La réponse est dans vos conditions particulières, jamais dans la plaquette commerciale.
Une illustration, avec des chiffres volontairement ronds et purement illustratifs : vous déclarez 30 000 € d'aménagements alors que la reconstitution réelle en coûterait 60 000 €. Un dégât des eaux détruit pour 20 000 € de cloisons et d'agencement. Si votre contrat applique la règle proportionnelle, l'indemnité est calculée dans le rapport du capital déclaré à la valeur réelle, soit la moitié : 10 000 € avant franchise. Le sinistre n'a pas été mal géré : la déclaration avait été faite trois semaines plus tôt, à la va-vite.
Les trois postes que l'on sous-évalue systématiquement
Les aménagements. Un local pris nu puis équipé d'une devanture, d'un faux plafond, d'un comptoir, d'une électricité refaite et d'une climatisation porte un investissement que personne d'autre n'assure : ni la police de l'immeuble souscrite par le bailleur, ni votre contrat si vous ne l'avez pas déclaré. Reprenez les devis de vos artisans et additionnez.
Le stock. On déclare le stock de pointe, pas la moyenne annuelle — et l'ouverture est précisément un pic, puisqu'on ouvre rayons pleins. Les marchandises appartenant à des tiers et déposées chez vous se déclarent à part.
La perte d'exploitation. Elle ne figure presque jamais dans les exigences du bail, et c'est pourtant elle qui décide de la survie de l'entreprise, parce que le loyer et les salaires continuent quand le rideau est baissé. L'article 1722 du code civil prévoit que si la chose louée est détruite en totalité par cas fortuit, le bail est résilié de plein droit, et que si elle ne l'est qu'en partie, le preneur peut demander une diminution du prix ou la résiliation ; le texte ajoute : « Dans l'un et l'autre cas, il n'y a lieu à aucun dédommagement. » Personne ne vous doit rien pour l'activité perdue. La méthode de calcul du capital à assurer est détaillée dans la section perte d'exploitation de la multirisque professionnelle, et le chiffrage des capitaux dans combien de capitaux déclarer.
J-15 : à qui l'attestation doit-elle partir, et pourquoi si tôt ?
L'attestation part au bailleur ou à son gestionnaire une quinzaine de jours avant la remise des clés, pour une raison simple : un document refusé doit pouvoir être corrigé et réémis sans décaler la date. Un refus est rarement grave, un refus découvert la veille l'est toujours.
Ce que le gestionnaire vérifie tient en quelques lignes : la raison sociale exacte de l'assuré, l'adresse du local — celle du bail, pas celle du siège —, l'activité déclarée, la liste des garanties reprenant les intitulés de la clause, les montants et la période de validité. Chaque mention, avec les motifs de refus les plus fréquents, est détaillée dans l'attestation réclamée par votre bailleur : quoi fournir.
Retenez surtout ceci : l'attestation informe, elle ne garantit pas. Elle fait présumer l'existence du contrat à sa date, sans prévaloir sur la police : les exclusions, les plafonds et les franchises restent ceux des conditions particulières. Et l'attestation est établie par l'assureur une fois le contrat pris d'effet : la demander suppose donc d'avoir déjà tranché la date d'effet, ce qui ramène au point suivant du calendrier.
Le bailleur n'est pas toujours le seul demandeur
Selon l'endroit où vous ouvrez, trois autres demandeurs se manifestent dans la même quinzaine, chacun avec ses exigences propres. Un centre commercial ou une galerie ajoute fréquemment ses propres règles d'exploitation au bail. Un franchiseur impose des garanties et parfois des montants dans le contrat de franchise. Un client professionnel réclame une attestation de responsabilité civile professionnelle avant de signer : le sujet est traité dans la RC Pro exigée par un client avant signature, et pour les marchés publics dans l'attestation RC Pro en appel d'offres.
Quand un montant minimal de garantie vous est imposé, ne l'acceptez pas sans le lire : la différence entre un plafond par sinistre, par année d'assurance et par garantie change tout, et le choix du plafond de RC Pro explique comment confronter l'exigence à votre contrat. Si vous êtes dans l'urgence absolue, obtenir une attestation de RC Pro le jour même décrit ce qui est réellement possible dans l'urgence — et ce qui ne l'est pas, car aucune attestation ne précède le contrat qu'elle constate.
Votre local ouvre bientôt : prenez de l'avance sur le bail.
Multirisque professionnelle en ligne : risques locatifs, recours des voisins et des tiers, RC exploitation, contenu et perte d'exploitation. Demandez votre devis en ligne, date d'effet calée sur votre remise des clés.
J-7 : quels contrats la multirisque du local ne contient pas ?
Quatre engagements vivent à côté du contrat qui couvre le local : l'assurance du véhicule utilisé pour l'activité, la protection sociale complémentaire des salariés, les assurances de la construction si vous faites réaliser des travaux, et la responsabilité civile professionnelle lorsque votre responsabilité peut être engagée sur la prestation elle-même.
Attention à ne pas les mettre sur le même plan. Les trois premiers sont imposés par la loi dès que vous êtes dans leur champ : un véhicule à assurer, un salarié à couvrir, un chantier à ouvrir. Le quatrième ne l'est pas pour tout le monde : la responsabilité civile professionnelle n'est légalement obligatoire que pour les professions réglementées qui en relèvent — chacune en vertu de son propre texte. Pour les autres activités, elle n'est pas moins nécessaire, mais elle est exigée par un contrat : un client, un donneur d'ordre, un franchiseur, un acheteur public. La différence n'est pas théorique : une obligation légale ne dépend de personne, une exigence contractuelle se négocie, se lit dans le document qui la pose, et disparaît avec lui.
Le véhicule. L'article L. 211-1 du code des assurances subordonne la circulation d'un véhicule terrestre à moteur à la couverture, par une assurance, de la responsabilité civile encourue à raison des dommages causés aux tiers dans la réalisation desquels ce véhicule est impliqué. Un utilitaire acheté au nom de la société, une camionnette de livraison, un scooter de coursier : chacun a son contrat, et la multirisque du local n'en couvre aucun. Au-delà de quelques véhicules, la question du regroupement se pose ; le passage en flotte automobile explique à partir de quand il devient intéressant.
Les salariés. Si vous embauchez pour l'ouverture, deux obligations démarrent avec le premier contrat de travail. L'article L. 911-7 du code de la sécurité sociale impose une couverture collective de remboursement complémentaire des frais de santé, à adhésion obligatoire, dont l'employeur finance au moins la moitié. Et pour les salariés cadres et assimilés, l'article 1er de l'accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017 relatif à la prévoyance des cadres met à la charge exclusive de l'employeur une cotisation de 1,50 % de la tranche 1 de la rémunération — la part du salaire inférieure au plafond annuel de la sécurité sociale —, que le texte affecte « par priorité à la couverture d'avantages en cas de décès ». Ces deux contrats se mettent en place avant la première paie, pas après.
Les travaux d'aménagement. C'est l'angle mort le plus coûteux d'une ouverture. L'article L. 242-1 du code des assurances impose à toute personne physique ou morale qui, « agissant en qualité de propriétaire de l'ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, fait réaliser des travaux de construction », de souscrire avant l'ouverture du chantier une assurance dommages-ouvrage garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement des réparations relevant de la garantie décennale. Le locataire qui commande lui-même ses travaux d'agencement agit en maître d'ouvrage : c'est à lui que la question se pose, pas au bailleur. Une reprise de structure, la création d'un plancher ou d'un niveau, une intervention sur le clos et le couvert ne sont pas de simples embellissements ; seul le contrat de travaux, pièce en main, permet de trancher au cas par cas. Et le mot « avant » est à prendre au pied de la lettre : c'est l'ouverture du chantier que le texte retient comme date limite.
Symétriquement, vérifiez que chaque entreprise qui intervient chez vous est couverte pour ses propres travaux au titre de l'article L. 241-1 du code des assurances, et demandez son attestation avant la première intervention : attestation décennale exigée, chantier bloqué détaille les quatre points à contrôler sur le document, et la décennale en micro-entreprise traite le cas des artisans indépendants que l'on trouve souvent sur ces chantiers d'agencement.
La responsabilité civile professionnelle. La responsabilité civile d'exploitation, que les contrats multirisques comportent le plus souvent — vérifiez-le sur vos conditions particulières plutôt que sur une plaquette —, répare les dommages que vous, vos salariés ou vos locaux causez à autrui : un client qui glisse, une livraison qui abîme un mur. La responsabilité civile professionnelle, elle, répond des conséquences d'une faute commise dans la prestation elle-même. La frontière, qui décide du contrat à souscrire, est posée dans le socle du guide de la RC Pro et sur la page RC Pro ; si votre activité relève des deux, il est plus simple de demander un devis de RC Pro en même temps que celui du local.
J-1 et jour J : à partir de quand êtes-vous réellement couvert ?
À partir de la date d'effet inscrite au contrat, qui n'est ni la date de signature du devis, ni la date d'ouverture au public. L'article L. 112-2 du code des assurances rappelle que « la proposition d'assurance n'engage ni l'assuré, ni l'assureur ; seule la police ou la note de couverture constate leur engagement réciproque ».
Calez donc cette date d'effet sur la remise des clés. L'article 1732 du code civil dispose que le preneur « répond des dégradations ou des pertes qui arrivent pendant sa jouissance, à moins qu'il ne prouve qu'elles ont eu lieu sans sa faute », et l'article 1733 le présume responsable de l'incendie, sauf à prouver un cas fortuit ou une force majeure, un vice de construction, ou une communication du feu par une maison voisine. Les trois semaines de travaux qui précèdent l'ouverture sont donc pleinement sous votre garde, alors même que le rideau est encore baissé.
Payer la première prime, et ne pas la laisser traîner
La mise en garantie suppose le paiement. L'article L. 113-3 du code des assurances organise la suite d'un impayé : à défaut de paiement d'une prime, ou d'une fraction de prime, dans les dix jours de son échéance, l'assureur peut adresser une mise en demeure, et « la garantie ne peut être suspendue que trente jours après la mise en demeure de l'assuré » ; le contrat peut ensuite être résilié dix jours après l'expiration de ce délai de trente jours. Un commerce qui ouvre avec une garantie suspendue est un commerce qui n'est pas assuré, quel que soit le papier affiché dans l'arrière-boutique.
Recevoir du public : une autorisation qui n'a rien à voir avec l'assurance
Si votre local reçoit du public, une démarche parallèle s'impose, et beaucoup de créateurs la découvrent trop tard. Les travaux qui conduisent à la création, à l'aménagement ou à la modification d'un établissement recevant du public sont soumis à autorisation, en application de l'article L. 143-1 du code de la construction et de l'habitation, qui renvoie à l'article L. 122-3 du même code. Puis, avant toute ouverture au public, l'article R. 143-38 prévoit une visite de réception par la commission de sécurité compétente et dispose que l'exploitant demande au maire l'autorisation d'ouverture, le maire autorisant l'ouverture par arrêté pris après avis de la commission. Le même article dispense de cette demande les établissements visés au premier alinéa de l'article R. 143-14 — ceux dont l'effectif du public n'atteint pas le seuil fixé par le règlement de sécurité, c'est-à-dire la 5e catégorie — lorsqu'ils ne comportent pas de locaux d'hébergement pour le public. Cette dispense joue au titre de la sécurité incendie ; elle ne dispense pas de l'autorisation de travaux de l'article L. 122-3.
Une remarque de calendrier, parce qu'elle décale tout le reste : le texte ne fixe aucun délai chiffré, mais il impose que la visite de réception et l'autorisation du maire interviennent avant l'ouverture au public. Elles ne se traitent donc pas le jour J, mais plusieurs semaines en amont, au rythme de la commission de sécurité de votre département — un rythme que vous ne maîtrisez pas. Interrogez la mairie dès la signature du bail plutôt que dès la fin des travaux.
Cette autorisation ne remplace aucun contrat d'assurance et aucun contrat d'assurance ne la remplace : ce sont deux démarches indépendantes, qui se planifient en parallèle et non l'une après l'autre.
J+15 : pourquoi l'ouverture n'est-elle pas la fin du dossier ?
Parce que l'article L. 113-2, 3° du code des assurances impose de déclarer à l'assureur les circonstances nouvelles qui aggravent le risque ou en créent de nouveaux, par lettre recommandée ou par envoi recommandé électronique, dans un délai de quinze jours à partir du moment où vous en avez eu connaissance.
Or les quinze premiers jours d'exploitation sont exactement le moment où la réalité s'écarte du dossier. Le stock réel dépasse le stock annoncé parce que les premières commandes ont bien marché. Une friteuse ou un four ont été installés après coup. La terrasse a été montée. Les horaires se sont étendus à la soirée. Un premier salarié a été embauché dans l'urgence. Un atelier a ouvert à l'arrière du magasin. Chacun de ces faits modifie le risque que l'assureur a accepté, et chacun se déclare.
La suite est prévue par l'article L. 113-4 : en cas d'aggravation telle que, si les circonstances nouvelles avaient été déclarées lors de la conclusion ou du renouvellement du contrat, l'assureur n'aurait pas contracté ou ne l'aurait fait que moyennant une prime plus élevée, celui-ci peut soit résilier le contrat, soit proposer un nouveau montant de prime. L'assuré reste libre de refuser cette proposition, mais le texte en tire une conséquence qu'il faut connaître : s'il n'y donne pas suite ou s'il la refuse expressément dans les trente jours de la proposition, l'assureur peut résilier le contrat au terme de ce délai, à condition d'avoir mentionné cette faculté en caractères apparents dans sa lettre. Refuser la nouvelle prime ne fige donc pas l'ancienne. À l'inverse, l'assureur qui, informé de l'aggravation, a manifesté son consentement au maintien de l'assurance — en continuant à percevoir les primes, par exemple — ne peut plus s'en prévaloir. Autrement dit : déclarer expose au pire à une renégociation ou à une résiliation encadrée, alors que ne pas déclarer expose à l'article L. 113-9, c'est-à-dire à une indemnité réduite en proportion des primes payées par rapport à celles qui auraient été dues.
Quelles erreurs de calendrier coûtent le plus cher ?
Cinq erreurs reviennent presque systématiquement, et toutes sont des erreurs de date plutôt que des erreurs de choix de contrat : une date d'effet calée trop tard, un stock déclaré au mauvais moment, une attestation périmée ou au mauvais nom, des travaux lancés avant les assurances de la construction, et l'illusion d'un délai de rétractation.
1. Faire démarrer la garantie à l'ouverture au public
C'est l'erreur la plus fréquente et la plus mécanique : on assure le commerce, pas le local. Entre la remise des clés et l'ouverture, il y a un chantier, du matériel livré, un stock réceptionné et un local dont vous répondez déjà au titre des articles 1732 et 1733 du code civil. La date d'effet se pose au jour des clés.
2. Déclarer un stock de croisière en ouvrant rayons pleins
Le capital déclaré doit correspondre au stock de pointe. Une ouverture est structurellement un pic de stock ; déclarer une moyenne annuelle revient à organiser soi-même l'application de la règle proportionnelle de l'article L. 121-5 au moment le plus exposé de l'année.
3. Transmettre une attestation au mauvais nom ou au mauvais exercice
Une attestation établie au nom du gérant et non de la société, portant l'adresse du siège et non celle du local, ou couvrant l'exercice précédent, est refusée — et le refus arrive rarement le jour même. C'est précisément pour absorber ce délai que l'attestation part quinze jours avant, et non la veille.
4. Ouvrir le chantier d'aménagement avant d'avoir réglé les assurances de la construction
L'article L. 242-1 du code des assurances situe l'obligation de souscrire la dommages-ouvrage avant l'ouverture du chantier. Passé cette date, vous n'êtes plus dans les clous : l'article L. 243-3 punit d'un emprisonnement de six mois et de 75 000 € d'amende, ou de l'une de ces deux peines seulement, le manquement à cette obligation — et la dispense qu'il prévoit ne vise que la personne physique qui construit un logement pour l'occuper elle-même ou le faire occuper par ses proches, ce qui n'est jamais le cas de l'aménagement d'un local commercial. De la même manière, l'attestation de l'entreprise qui intervient se demande avant sa première journée sur place, jamais après le premier désordre : la garantie décennale n'est pas rétroactive.
5. Signer en se disant qu'on aura quatorze jours pour changer d'avis
Le délai de renonciation de l'article L. 112-2-1 du code des assurances est réservé à la personne physique qui contracte à distance hors de son activité professionnelle. En souscrivant à distance pour votre commerce, vous êtes engagé dès la prise d'effet, sans ce délai de réflexion — la réserve de l'article L. 221-3 du code de la consommation, évoquée plus haut, ne concerne que le contrat signé hors établissement dans des conditions étroites. Le seul moment utile pour relire les exclusions, les franchises et les plafonds, c'est J-1.
Vos questions sur les assurances à l'ouverture d'un local
Le contrat du local couvre les murs que vous occupez et l'activité qui s'y déroule ; l'attestation se transmet avant la remise des clés ; la garantie démarre aux clés et non à l'ouverture ; et les quinze jours qui suivent l'ouverture sont un délai légal de déclaration, pas une période de tranquillité.
Quelles assurances faut-il pour ouvrir un commerce ?
Un contrat couvre le local et l'activité qui s'y déroule : dommages au local et à son contenu, risques locatifs, recours des voisins et des tiers, responsabilité civile d'exploitation, et selon les cas perte d'exploitation, bris de glace ou vol. À côté, quatre engagements vivent séparément. Trois sont imposés par la loi dès que vous êtes dans leur champ : l'assurance du véhicule utilisé pour l'activité, au titre de l'article L. 211-1 du code des assurances ; la complémentaire santé collective des salariés, que l'employeur finance pour moitié au moins en application de l'article L. 911-7 du code de la sécurité sociale ; les assurances de la construction si vous faites réaliser des travaux, la dommages-ouvrage devant être souscrite avant l'ouverture du chantier (article L. 242-1 du code des assurances). Le quatrième, la responsabilité civile professionnelle, n'est légalement obligatoire que pour les professions réglementées qui en relèvent ; pour les autres activités, elle est exigée par un contrat — un client, un donneur d'ordre, un franchiseur — et non par la loi.
Quand faut-il transmettre l'attestation d'assurance au bailleur ?
Avant la remise des clés, et suffisamment tôt pour qu'un document refusé puisse être corrigé sans décaler la date. La clause d'assurance du bail fixe l'exigence et le rythme de renouvellement. Si l'attestation manque et que le bail contient une clause résolutoire, l'article L. 145-41 du code de commerce prévoit que celle-ci ne produit effet qu'un mois après un commandement demeuré infructueux, ce commandement devant mentionner ce délai à peine de nullité. Un mois pour régulariser, donc, mais une procédure déjà engagée.
La garantie doit-elle démarrer à la remise des clés ou à l'ouverture au public ?
À la remise des clés. Dès que vous avez la jouissance du local, l'article 1732 du code civil vous rend responsable des dégradations survenues pendant cette jouissance sauf à prouver votre absence de faute, et l'article 1733 vous présume responsable de l'incendie. Les semaines de travaux, de livraison de mobilier et de mise en rayon qui précèdent l'ouverture au public sont donc déjà sous votre garde. La couverture court à la date d'effet inscrite au contrat, et l'article L. 112-2 du code des assurances rappelle que « la proposition d'assurance n'engage ni l'assuré, ni l'assureur ; seule la police ou la note de couverture constate leur engagement réciproque ».
Que faut-il déclarer à l'assureur dans les quinze jours qui suivent l'ouverture ?
Tout ce qui aggrave le risque ou en crée un nouveau par rapport à ce que vous aviez déclaré : un stock réel supérieur au stock annoncé, un équipement de cuisson installé après coup, une terrasse, des horaires nocturnes, un premier salarié, un atelier ouvert à l'arrière. L'article L. 113-2, 3° du code des assurances impose de déclarer ces circonstances nouvelles, par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique, dans un délai de quinze jours à partir du moment où vous en avez eu connaissance. L'assureur peut alors résilier ou proposer une nouvelle prime (article L. 113-4). À défaut de déclaration, l'article L. 113-9 permet de réduire l'indemnité en proportion des primes payées par rapport à celles qui auraient été dues.
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