Matériel professionnel hors des murs : ce que couvre vraiment la garantie nomade.

Votre contrat assure le contenu d'un local. Votre activité, elle, se passe en rendez-vous, en chantier, en coworking, dans un coffre de voiture. Entre les deux, il y a une garantie que beaucoup de professionnels découvrent le jour du vol : la garantie nomade, avec ses conditions à elle, son capital à elle, et ses refus à elle.

L'essentiel en 30 secondes
  • Une multirisque professionnelle couvre le contenu d'une adresse, pas une activité qui se déplace. Ce périmètre est contractuel : la loi impose seulement que la police indique la chose assurée et la nature des risques garantis (article L. 112-4 du code des assurances), et c'est le contrat qui décrit ce contenu par une adresse. Hors de cette adresse désignée, le matériel n'est couvert que si une garantie dédiée — « matériel nomade », « biens hors des locaux », « matériel transporté » — a été souscrite.
  • Le vol dans un véhicule obéit à des conditions cumulatives : véhicule fermé, matériel hors de vue dans un coffre ou un compartiment fermé, traces d'effraction. L'effraction suppose le forcement, la dégradation ou la destruction d'un dispositif de fermeture ; lui est assimilé l'usage de fausses clés, de clés indûment obtenues ou de tout instrument frauduleusement employé pour actionner une fermeture sans la forcer ni la dégrader (article 132-73 du code pénal). Un vol sans aucune trace n'est donc pas exclu par principe : il déplace toute la difficulté sur le terrain de la preuve.
  • La garantie nomade a son propre capital et, très souvent, une limite par objet. Si la valeur réelle du parc nomade dépasse le capital déclaré, la règle proportionnelle de capitaux réduit l'indemnité dans la même proportion — sauf convention contraire, que le texte réserve expressément et que certains contrats prévoient (article L. 121-5 du code des assurances).
  • Le délai de déclaration en cas de vol est celui de votre contrat, qui ne peut être inférieur à deux jours ouvrés (article L. 113-2, 4° du code des assurances) : c'est un plancher, pas un maximum.
  • Un ordinateur volé contenant des données clients est aussi une violation de données : notification à la CNIL dans les meilleurs délais et si possible sous 72 heures (article 33 du RGPD), information des personnes concernées en cas de risque élevé (article 34), dont le chiffrement du disque peut dispenser.

Qu'est-ce que la garantie nomade, et pourquoi le matériel sorti du local n'est-il pas couvert sans elle ?

Une multirisque professionnelle assure le contenu d'un local désigné aux conditions particulières. Dès que le matériel franchit la porte de ce local, il sort du périmètre assuré : il n'est couvert que si une garantie spécifique — nommée selon les contrats « matériel nomade », « biens hors des locaux », « matériel transporté » ou « tous risques matériel informatique » — a été souscrite, avec son propre capital et ses propres conditions.

Ce n'est pas une subtilité de juriste, c'est la structure même du contrat. L'article L. 112-4 du code des assurances énumère les mentions que la police doit comporter : les noms et domiciles des parties, la chose ou la personne assurée, la nature des risques garantis, le moment à partir duquel le risque est garanti et la durée de cette garantie, le montant de cette garantie, la prime. Le texte n'impose à personne de limiter une garantie à une adresse : il impose à la police de dire ce qu'elle assure. Le périmètre est donc contractuel, et c'est le contrat, lui seul, qui le décrit. Dans une multirisque professionnelle, la « chose assurée » au titre du contenu est décrite par une adresse et par une liste de postes — mobilier, matériel, marchandises. L'assureur a tarifé un local : sa porte, sa serrure, son quartier, ses horaires d'ouverture. Rien de tout cela ne suit l'ordinateur portable qui part en rendez-vous.

La conséquence est sèche. Sans garantie nomade, une sacoche arrachée dans le métro, une caisse à outils volée sur un chantier, un appareil photo disparu d'une chambre d'hôtel et un portable pris dans le coffre d'une voiture donnent tous la même réponse : sinistre non garanti. Non parce que l'assureur cherche à se dérober, mais parce que le risque n'a jamais été vendu.

Ce que l'on trouve réellement dans les contrats

Les intitulés varient d'un assureur à l'autre, et cette variation est elle-même un piège : on croit avoir la garantie parce qu'on a lu un mot familier. Trois architectures coexistent. La première est une extension de la garantie vol du local aux biens temporairement déplacés, souvent assortie d'un plafond bas et d'une condition de durée. La deuxième est une garantie « tous risques » dédiée au matériel informatique ou technique, qui couvre alors aussi la casse et l'oxydation, pas seulement le vol. La troisième est une police séparée « tous risques matériel », souscrite en complément, avec une liste d'appareils identifiés par leur numéro de série.

Une dernière disposition mérite d'être connue avant tout sinistre : le dernier alinéa de l'article L. 112-4 prévoit que les clauses des polices édictant des nullités, des déchéances ou des exclusions ne sont valables que si elles sont mentionnées en caractères très apparents. Les conditions d'une garantie nomade — coffre, effraction, horaires — sont donc censées être lisibles, et elles le sont : encore faut-il les avoir ouvertes.

Le test de dix minutes : ouvrez vos conditions particulières et cherchez trois choses, dans cet ordre — l'intitulé exact de la garantie hors des locaux, le capital qui lui est affecté, la limite par objet. Si l'une des trois est absente, votre matériel nomade n'est pas couvert comme vous le croyez.

Le vol dans un véhicule est-il couvert par la garantie nomade ?

Le vol de matériel professionnel dans un véhicule n'est couvert que si la garantie nomade le vise expressément, et il l'est sous conditions cumulatives. Les contrats exigent le plus souvent un véhicule régulièrement fermé, un matériel placé hors de vue dans un coffre ou un compartiment fermé, et des traces d'effraction constatées. Beaucoup ajoutent une plage horaire ou un lieu de stationnement imposé.

C'est une situation très fréquente, et l'une de celles où la garantie se perd sur un détail, parce que chacune de ces conditions élimine un cas très banal. Le matériel laissé sur la banquette arrière, visible : condition de dissimulation non remplie. Le véhicule utilitaire dont la portière latérale a été ouverte avec une clé de service : à vérifier au regard de la clause d'effraction. Le fourgon stationné dans la rue la nuit alors que le contrat impose un garage fermé entre deux journées de chantier : condition de stationnement non remplie.

Ce que « effraction » veut dire exactement

Le mot n'est pas laissé à l'appréciation de chacun. L'article 132-73 du code pénal définit l'effraction comme le forcement, la dégradation ou la destruction de tout dispositif de fermeture ou de toute espèce de clôture, et lui assimile l'usage de fausses clés, de clés indûment obtenues ou de tout instrument pouvant être frauduleusement employé pour actionner un dispositif de fermeture sans le forcer ni le dégrader. Le vol lui-même est la soustraction frauduleuse de la chose d'autrui (article 311-1 du code pénal).

Deux enseignements pratiques en découlent. D'abord, un véhicule ouvert par un dispositif électronique de relais, sans aucune trace visible, ne sort pas pour autant de la définition : le texte assimile expressément à l'effraction l'usage de tout instrument frauduleusement employé pour actionner un dispositif de fermeture sans le forcer ni le dégrader. La difficulté est ailleurs, et elle est redoutable : c'est une difficulté de preuve. C'est à ce stade que les images de vidéosurveillance du parking, l'horodatage du véhicule et le procès-verbal de plainte deviennent décisifs. Ensuite, faire constater et photographier les traces — serrure forcée, vitre brisée, montant tordu — avant toute réparation n'est pas un réflexe d'assureur tatillon : c'est la pièce qui déclenche la garantie.

L'assurance du véhicule n'est pas le recours de repli

Beaucoup de professionnels comptent, sans l'avoir vérifié, sur le contrat auto du véhicule. C'est rarement la bonne porte : la garantie vol d'un contrat automobile porte sur le véhicule, ses équipements et ses accessoires, et les objets transportés font l'objet d'un traitement distinct lorsqu'ils sont traités, avec des plafonds propres et des exclusions fréquentes pour les biens professionnels. Ouvrez la ligne « objets transportés » ou « effets personnels » de votre contrat auto avant de compter dessus, et ne remplacez jamais une garantie nomade par cette hypothèse. Si votre activité repose sur plusieurs véhicules, la question du contenu se pose en même temps que celle du passage en flotte automobile, et les deux se traitent au même moment.

Le geste qui sauve le dossier : plainte le jour même avec les numéros de série et, pour un téléphone, le numéro IMEI. Un matériel déclaré sans numéro identifiable se chiffre mal, ne se retrouve jamais, et affaiblit la preuve de sa présence dans le véhicule.

Où et quand la garantie nomade s'applique-t-elle : chantier, domicile, hôtel, étranger ?

La garantie nomade définit toujours un périmètre géographique et une situation de détention. Le matériel en rendez-vous ou en salon est généralement le cas le mieux couvert ; le véhicule, le domicile privé, le lieu public et l'étranger obéissent chacun à des conditions particulières qu'il faut lire séparément, car une même police peut couvrir l'un et exclure l'autre.

Le tableau ci-dessous résume les situations que rencontrent réellement les professionnels et ce qui décide, dans chacune, de l'issue du sinistre. Il décrit des configurations courantes de contrat : seule la lecture de vos conditions particulières vaut réponse pour votre police.

Situations de détention du matériel professionnel hors du local et couverture selon la présence d'une garantie nomade
Où se trouve le matérielSans garantie nomadeAvec garantie nomadeLe point qui décide
Dans le local désigné au contratCouvertCouvertLes moyens de protection décrits aux conditions particulières
En rendez-vous client, en réunion, sur un salonNon couvertCouvert sous conditionsLa surveillance du matériel et l'absence d'abandon sans surveillance
Dans un véhiculeNon couvertCouvert sous conditions strictesEffraction, dissimulation, parfois horaires et lieu de stationnement
Au domicile du dirigeant ou d'un salariéNon couvertSelon la rédaction de la clauseLa mention expresse du domicile privé dans le périmètre
En chambre d'hôtel, en train, dans un lieu publicNon couvertSelon la rédaction de la clauseLe vol par ruse ou sans effraction est souvent exclu ou sous-limité
Sur un chantier ou un site de tournageNon couvertSouvent une garantie distincteLa clôture du site et les conditions de remisage hors horaires
À l'étrangerNon couvertSelon la clause territorialeL'étendue géographique écrite au contrat et la durée du séjour

Deux mots qui changent tout : « temporairement » et « sous surveillance »

La plupart des clauses nomades couvrent les biens temporairement déplacés. Un matériel qui vit en permanence hors du local — l'ordinateur d'un salarié en télétravail à demeure, l'outillage qui dort chaque nuit dans un fourgon — n'est plus temporairement déplacé : il a changé de lieu de risque. Cette situation se déclare. L'article L. 113-2, 3° du code des assurances impose de déclarer à l'assureur, par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique, les circonstances nouvelles qui aggravent les risques ou en créent de nouveaux et qui rendent de ce fait inexactes ou caduques les réponses faites à l'assureur, notamment dans le formulaire de déclaration du risque, dans un délai de quinze jours à compter du moment où vous en avez eu connaissance. Un matériel qui a changé de lieu de séjour habituel entre précisément dans cette catégorie : le questionnaire portait sur un local, la réalité n'y correspond plus.

L'exigence de surveillance, elle, se lit à l'envers : elle ne dit pas ce qui est couvert, elle dit ce qui ne l'est plus. Une sacoche posée à côté d'une table de terrasse, un appareil laissé dans une salle de réunion pendant la pause, une caisse d'outils abandonnée dans une cage d'escalier : ce sont les trois scénarios que les clauses de surveillance visent. Et ce sont aussi, pour n'importe quel professionnel qui se déplace, les trois moments où le matériel disparaît le plus banalement.

Votre matériel ne reste pas au bureau ? Votre contrat non plus.

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Quel capital déclarer pour le matériel nomade, et que se passe-t-il s'il est trop bas ?

La garantie nomade dispose de son propre capital, distinct du capital contenu du local, et très souvent assorti d'une limite par objet. C'est ce montant-là qui plafonne l'indemnité. Si la valeur réelle du matériel habituellement déplacé dépasse le capital déclaré, l'article L. 121-5 du code des assurances vous considère comme restant votre propre assureur pour l'excédent : l'indemnité est réduite proportionnellement, sauf convention contraire — le texte réserve expressément cette possibilité, que certains contrats prévoient sous le nom de dérogation à la règle proportionnelle.

La mécanique surprend d'autant plus qu'elle s'applique même lorsque le vol porte sur une somme inférieure au capital souscrit. Exemple, chiffres volontairement ronds et purement illustratifs : capital nomade déclaré 5 000 €, valeur réelle du matériel régulièrement déplacé établie à 12 000 € au jour du sinistre, vol chiffré à 4 000 €. L'indemnité est ramenée à 4 000 × (5 000 / 12 000), soit environ 1 667 € avant franchise. Le reste demeure à votre charge — non parce que le vol était trop important, mais parce que la déclaration était trop basse. Le raisonnement complet, y compris les moyens de neutraliser cette règle, est détaillé dans notre article sur les capitaux matériel et stock et la règle proportionnelle.

La limite par objet, plafond invisible

Au-dessous du capital nomade, une seconde limite s'applique presque toujours : un maximum par objet ou par appareil. Un professionnel qui déplace un appareil unique de forte valeur — banc de mesure, matériel de prise de vue, instrument médical, machine de diagnostic — peut disposer d'un capital nomade apparemment confortable et se voir indemniser bien au-dessous, parce que la limite par objet, elle, a été laissée au niveau standard du contrat. Les appareils de valeur se déclarent nommément, avec leur numéro de série et leur facture : c'est la seule façon de faire sauter ce plafond.

Valeur de remplacement, vétusté et TVA

Trois réglages décident du montant réellement viré. Le premier est la base d'indemnisation : l'assurance de biens est un contrat d'indemnité et l'indemnité ne peut pas dépasser la valeur de la chose assurée au moment du sinistre (article L. 121-1 du code des assurances). Pour du matériel technique ou informatique, cela signifie en principe une valeur de remplacement diminuée de la vétusté, sauf clause de valeur à neuf — laquelle est généralement limitée dans le temps et doit être lue ligne à ligne. Le deuxième est la TVA : lorsque vous la récupérez, l'indemnité se calcule le plus souvent hors taxes, puisque la taxe n'est pas pour vous une charge définitive ; c'est une stipulation du contrat, à lire à la rubrique « règlement des sinistres ». Le troisième concerne le matériel qui ne vous appartient pas : appareil en location longue durée ou en crédit-bail, matériel prêté par un client, équipement confié pour une prestation. Ces biens relèvent d'une garantie « biens confiés » ou d'une extension dédiée, avec son propre capital ; et le contrat de location, lui, continue de produire ses loyers pendant que vous discutez avec l'assureur.

Enfin, l'arrêt d'activité provoqué par la disparition d'un matériel de production n'est pas couvert par la garantie vol : il relève de la garantie perte d'exploitation, souscrite séparément et dimensionnée sur la marge brute.

L'inventaire qui prend vingt minutes : une ligne par appareil régulièrement transporté — désignation, numéro de série, date et prix d'achat, facture scannée — conservée ailleurs que sur l'appareil lui-même. C'est à la fois votre capital à déclarer et votre preuve le jour du vol. Sans ce fichier, la discussion porte sur ce que vous affirmez avoir possédé.

Le matériel volé était confié à un salarié : qui paie ?

Le matériel confié à un salarié reste un bien de l'entreprise : c'est le contrat de l'entreprise qui doit le couvrir, au titre de la garantie nomade, et non l'assurance habitation du salarié, qui assure les biens du foyer et non le parc d'un employeur. L'employeur ne peut pas davantage se rembourser librement sur la paie.

Deux textes encadrent cette dernière tentation, et ils méritent d'être cités exactement. L'article L. 3251-1 du code du travail pose le principe : « L'employeur ne peut opérer une retenue de salaire pour compenser des sommes qui lui seraient dues par un salarié pour fournitures diverses, quelle qu'en soit la nature. » L'article L. 3251-2 y déroge dans trois cas limitativement énumérés : les outils et instruments nécessaires au travail, les matières ou matériaux dont le salarié a la charge et l'usage, et les sommes avancées pour l'acquisition de ces mêmes objets. La frontière est donc étroite, et elle se plaide. À cela s'ajoute une jurisprudence constante de la Cour de cassation : la responsabilité pécuniaire d'un salarié envers son employeur suppose une faute lourde, c'est-à-dire une faute commise avec l'intention de nuire. Une négligence, même réelle — un sac oublié, une portière mal fermée — ne suffit pas.

Autrement dit : un ordinateur volé chez un salarié se règle entre l'entreprise et son assureur, pas entre l'entreprise et son salarié. Encore faut-il que la garantie nomade vise le domicile privé, ce qui n'a rien d'automatique — la clause peut ne viser que les déplacements professionnels, et le domicile d'un télétravailleur n'en est pas un.

Le télétravail, angle mort par excellence

Le matériel qui passe l'essentiel de son existence chez un salarié n'est plus « temporairement déplacé ». Deux réflexes s'imposent alors : déclarer la situation à l'assureur au titre de l'article L. 113-2, 3° du code des assurances — dès lors qu'elle rend inexactes les réponses données sur le risque —, et vérifier que la clause nomade inclut expressément le domicile des collaborateurs. Du côté du salarié, la question se pose en miroir : nous la traitons dans notre article sur l'assurance habitation et le télétravail. Et si c'est vous, dirigeant, qui travaillez depuis chez vous, le raisonnement complet figure dans exercer une activité professionnelle à son domicile.

Dernier point, souvent oublié : un salarié qui subit une agression pour se faire dérober du matériel professionnel relève d'un autre registre que celui des biens. L'accident survenu par le fait ou à l'occasion du travail relève de la législation sur les accidents du travail ; la déclaration à la caisse d'assurance maladie incombe à l'employeur et obéit à ses propres délais, indépendants de ceux du contrat d'assurance de biens.

L'ordinateur volé contenait vos fichiers clients : que devez-vous faire en plus ?

Un ordinateur, un téléphone ou un disque professionnel volé qui contenait des données personnelles constitue une violation de données au sens du RGPD. L'article 33 impose de la notifier à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, 72 heures au plus tard après en avoir pris connaissance, lorsqu'elle est susceptible d'engendrer un risque pour les droits et libertés des personnes concernées ; passé ce délai, la notification doit être motivée.

C'est l'obligation que les professionnels découvrent le plus tard, parce qu'elle n'a rien à voir avec l'assurance et qu'elle court en parallèle. Fichier clients, dossiers RH, coordonnées de patients, pièces d'identité de locataires : dès que l'appareil dérobé en contenait, le vol est double. Vous perdez un bien, et vous perdez la maîtrise de données dont vous êtes responsable de traitement.

Trois règles suffisent à savoir quoi faire. Notifier la CNIL lorsque la violation est susceptible d'engendrer un risque (article 33) : la notification peut se faire en deux temps si toutes les informations ne sont pas disponibles immédiatement. Informer les personnes concernées lorsque le risque est élevé (article 34) — avec une dispense importante : le paragraphe 3 du même article écarte cette communication lorsque le responsable de traitement avait mis en œuvre des mesures de protection appropriées rendant les données incompréhensibles à toute personne non autorisée, le chiffrement étant l'exemple que cite le texte. Documenter enfin toute violation dans un registre interne, y compris celles qui ne sont pas notifiées : c'est l'objet du paragraphe 5 de l'article 33.

La conséquence pratique est inhabituellement nette. Chiffrer les disques des ordinateurs portables et activer le verrouillage des téléphones ne protège pas le matériel du vol : cela change ce que vous aurez à faire le lendemain du vol, et cela peut vous éviter d'écrire à toute votre base clients. C'est une mesure gratuite, à prendre avant le sinistre, qui n'a aucun équivalent du côté de l'assurance.

À ne pas confondre : la garantie nomade indemnise le matériel, jamais les données ni les conséquences de leur divulgation. Les frais de notification, d'assistance juridique et de gestion de crise relèvent d'une garantie cyber, qui se souscrit à part et se vérifie ligne à ligne.

Le vol vient d'arriver : que faire, dans quel ordre ?

Cinq actions, dans cet ordre : déposer plainte le jour même avec les numéros de série, verrouiller et effacer à distance ce qui peut l'être, déclarer le sinistre à l'assureur dans le délai de votre contrat — qui ne peut être inférieur à deux jours ouvrés en cas de vol (article L. 113-2, 4° du code des assurances) —, notifier la CNIL si des données personnelles étaient embarquées, puis rassembler les pièces de valeur.

Le délai de déclaration mérite d'être compris exactement, car il est souvent mal cité. L'article L. 113-2, 4° ne fixe pas votre délai : il fixe un plancher. Le délai applicable est celui qu'écrit votre contrat ; ce contrat ne peut simplement pas descendre au-dessous de cinq jours ouvrés, minimum lui-même ramené à deux jours ouvrés en cas de vol, et le même texte permet aux parties de prolonger ce délai d'un commun accord. Ouvrez la rubrique « déclaration de sinistre » de vos conditions générales et retenez le chiffre qui y figure ; tant que vous ne l'avez pas lu, raisonnez à deux jours ouvrés. Déclarez d'abord et complétez ensuite : rien n'oblige à joindre le chiffrage définitif à la première déclaration, et attendre de l'avoir établi est la meilleure façon de laisser filer le délai.

Si le délai a malgré tout été dépassé, tout n'est pas perdu. Le même article L. 113-2 prévoit dans ses derniers alinéas que la déchéance pour déclaration tardive n'est opposable à l'assuré que si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice, et qu'elle ne joue pas lorsque le retard résulte d'un cas fortuit ou de force majeure. Encore faut-il qu'une clause de déchéance figure au contrat, et l'article L. 112-4 exige qu'elle soit mentionnée en caractères très apparents.

Les pièces qui font la différence

Un dossier de vol de matériel nomade se juge sur trois questions : le matériel existait-il, était-il bien là où vous le dites, et combien valait-il ce jour-là. Le récépissé de plainte répond à la deuxième et date le sinistre. Les factures d'achat et les numéros de série répondent à la première et à la troisième. Le reste — agenda du rendez-vous, badge d'accès, ticket de parking, attestation d'un client, images de vidéosurveillance — conforte la localisation. Rassemblez-les dans le même envoi que la déclaration : un dossier complet d'emblée avance nettement plus vite qu'un dossier reconstitué pièce par pièce, relance après relance.

Gardez enfin en tête le compte à rebours de fond : les actions dérivant d'un contrat d'assurance se prescrivent par deux ans à compter de l'événement qui leur donne naissance, ce délai ne courant, en cas de sinistre, que du jour où les intéressés en ont eu connaissance s'ils prouvent l'avoir ignoré jusque-là (article L. 114-1 du code des assurances). L'article L. 114-2 énumère ce qui interrompt cette prescription, notamment la désignation d'experts à la suite d'un sinistre et l'envoi par l'assuré d'une lettre recommandée, ou d'un envoi recommandé électronique avec accusé de réception, concernant le règlement de l'indemnité. Un échange de courriels ne produit pas cet effet : quand la discussion s'enlise, c'est en recommandé qu'il faut écrire.

Et ensuite : les trois réglages à corriger

Un capital nomade recalculé sur la valeur réelle du parc transporté, une limite par objet relevée pour les appareils qui la dépassent, un périmètre — véhicule, domicile, étranger — écrit noir sur blanc dans la clause. Ces trois lignes se modifient à froid et décident de tout au sinistre suivant. La page multirisque professionnelle détaille les garanties et leurs capitaux ; si vous hésitez encore sur le contrat lui-même, notre comparaison RC Pro ou multirisque professionnelle tranche la question en amont, et l'article sur l'indemnisation du stock après un cambriolage traite du versant « dans les murs » du même risque.

Vos questions sur le vol de matériel professionnel hors du local

Un contrat assure une adresse : tout ce qui bouge doit être écrit, chiffré et nommé séparément.

Le vol de matériel professionnel dans une voiture est-il couvert par l'assurance ?

Il l'est uniquement si une garantie nomade — appelée aussi matériel transporté ou biens hors des locaux — a été souscrite et qu'elle vise expressément le vol dans un véhicule, et il l'est sous conditions. Les contrats exigent le plus souvent un véhicule régulièrement fermé, un matériel placé hors de vue dans un coffre ou un compartiment fermé, et des traces d'effraction constatées. L'effraction est définie par l'article 132-73 du code pénal comme le forcement, la dégradation ou la destruction de tout dispositif de fermeture, l'usage de fausses clés, de clés indûment obtenues ou de tout instrument frauduleusement employé pour actionner une fermeture sans la forcer ni la dégrader y étant assimilé. Certaines polices ajoutent une plage horaire ou un lieu de stationnement imposé : ces conditions n'existent que dans vos conditions particulières, elles ne se devinent pas. L'assurance du véhicule n'est pas un recours de repli : sa garantie vol porte sur le véhicule et ses équipements, et les objets transportés, a fortiori professionnels, y font l'objet d'un traitement distinct quand ils sont traités.

Ma multirisque professionnelle couvre-t-elle l'ordinateur que j'emporte chez un client ?

Pas par défaut. Une multirisque professionnelle garantit le contenu d'un local désigné aux conditions particulières. Ce périmètre est contractuel et non légal : la loi impose seulement que la police indique la chose assurée et la nature des risques garantis (article L. 112-4 du code des assurances), et c'est le contrat qui décrit ce contenu par une adresse. Un ordinateur emporté en rendez-vous se trouve hors de cette adresse, donc hors du périmètre assuré, sauf souscription d'une garantie nomade dotée de son propre capital. Vérifiez trois lignes de vos conditions particulières : l'intitulé de la garantie, le capital qui lui est affecté, et la limite par objet, qui plafonne souvent l'indemnité bien au-dessous du capital global.

Un salarié se fait voler son ordinateur professionnel à son domicile : qui paie ?

Le matériel confié à un salarié reste un bien de l'entreprise : c'est le contrat de l'entreprise qui doit le couvrir, au titre de la garantie nomade, et non l'assurance habitation du salarié, qui assure les biens du foyer et non le parc informatique d'un employeur. L'employeur ne peut pas non plus se rembourser librement sur la paie : l'article L. 3251-1 du code du travail interdit la retenue de salaire destinée à compenser des sommes dues par un salarié pour fournitures diverses, et l'article L. 3251-2 n'y déroge que pour les outils et instruments nécessaires au travail, les matières ou matériaux dont le salarié a la charge et l'usage, et les sommes avancées pour leur acquisition. Une jurisprudence constante de la Cour de cassation subordonne par ailleurs la responsabilité pécuniaire du salarié envers son employeur à une faute lourde.

Faut-il déclarer à la CNIL le vol d'un ordinateur professionnel ?

Oui lorsque l'appareil contenait des données personnelles et que la perte de confidentialité est susceptible d'engendrer un risque pour les droits et libertés des personnes concernées. L'article 33 du RGPD impose alors de notifier la violation à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, 72 heures au plus tard après en avoir pris connaissance, le retard devant être motivé. L'article 34 impose d'informer les personnes concernées lorsque le risque est élevé, mais son paragraphe 3 en dispense le responsable de traitement qui avait mis en œuvre des mesures de protection appropriées rendant les données incompréhensibles, le chiffrement étant l'exemple cité par le texte. Toute violation doit en outre être documentée dans un registre interne, y compris lorsqu'elle n'est pas notifiée (article 33, paragraphe 5).

Sami Hami — courtier en assurance, ORIAS n° 26010859
Article rédigé à partir des textes en vigueur : code des assurances (L. 112-4, L. 113-2, L. 114-1, L. 114-2, L. 121-1, L. 121-5), code pénal (art. 132-73 et 311-1), code du travail (L. 3251-1 et L. 3251-2) et règlement (UE) 2016/679 dit RGPD (art. 33 et 34). Les exemples chiffrés sont volontairement ronds et purement illustratifs. Informatif : cet article ne remplace pas la lecture de vos conditions particulières. Relu et mis à jour le .
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