Assurance de bureau : ce qu'il faut couvrir quand l'activité tient dans un bureau.
Un bureau ne ressemble à rien d'autre : pas de vitrine, pas de stock, pas de machine de production — et pourtant une concentration de matériel, de données et de va-et-vient dans quelques dizaines de mètres carrés. Voici ce qu'il faut réellement assurer, combien déclarer, et ce qui change selon que le bureau est loué, acheté, installé chez vous ou pris à l'heure dans un espace partagé.
- Le bureau n'a pas d'obligation d'assurance propre. L'obligation vient du bail, de l'article 9-1 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 si le bureau est en copropriété, du contrat de coworking, ou de l'activité exercée — jamais du local lui-même.
- Les articles 1732 et 1733 du code civil présument le locataire responsable, mais pas de la même façon : des dégradations survenues pendant sa jouissance, sauf à prouver qu'elles ont eu lieu sans sa faute ; et de l'incendie du local, où la preuve libératoire est cette fois enfermée dans trois causes seulement. Un bail muet ne vous protège pas.
- Trois lignes de capitaux décident de tout : aménagements financés par vous, matériel informatique, mobilier et archives. Sous-déclarés, l'article L. 121-5 du code des assurances vous laisse « votre propre assureur pour l'excédent », sauf convention contraire au contrat.
- Installer le bureau chez soi se déclare : l'article L. 113-2, 3° du code des assurances impose de signaler à l'assureur, dans les quinze jours, les circonstances nouvelles qui aggravent le risque ou en créent de nouveaux.
- Le sinistre qui coûte le plus cher n'est pas toujours le plus spectaculaire : une fuite venue de l'étage du dessus emporte le câblage, les faux plafonds et plusieurs jours d'activité — et c'est la perte d'exploitation, pas la moquette, qui pèse.
Que faut-il réellement couvrir quand l'activité tient dans un bureau ?
Six postes, et pas un de plus : le local lui-même au titre des risques locatifs, les aménagements que vous avez financés, le matériel et le mobilier, la responsabilité civile d'exploitation, la perte d'exploitation, et la reconstitution des données et archives. Un bureau n'a ni stock, ni vitrine, ni outil de production : la valeur y est concentrée dans l'informatique, dans les travaux d'agencement et dans la continuité de l'activité.
Les risques locatifs. Si le bureau est loué, la garantie indemnise le propriétaire des dommages causés au local par un incendie, une explosion ou un dégât des eaux. Elle est la réponse assurantielle aux présomptions du code civil — celle de l'article 1732 sur les dégradations, et surtout celle de l'article 1733, qui rend le preneur responsable de l'incendie sauf à prouver qu'il est arrivé par cas fortuit ou force majeure, par vice de construction, ou qu'il a été communiqué par une maison voisine. Son périmètre exact reste toutefois celui que le contrat lui donne, généralement plus large que le seul incendie. Elle ne couvre rien de ce qui vous appartient.
Les aménagements. C'est le poste le plus systématiquement oublié dans un bureau, parce qu'il ne se voit pas : cloisons vitrées, faux plafond, sol souple, reprise électrique, câblage réseau, climatisation, contrôle d'accès, serrurerie renforcée. Un plateau nu transformé en bureaux cloisonnés porte un investissement qui n'apparaît ni dans la police du propriétaire, ni dans la vôtre si vous ne l'avez pas chiffré.
Le matériel et le mobilier. Postes fixes, portables, écrans, serveur, NAS, imprimantes, visioconférence, téléphonie, mobilier. Deux questions décident de l'indemnité réelle : la garantie joue-t-elle en valeur de remplacement à neuf ou après vétusté, et jusqu'à quel âge du bien ? Le principe indemnitaire de l'article L. 121-1 du code des assurances pose que l'indemnité ne peut pas dépasser la valeur de la chose assurée au moment du sinistre : la clause valeur à neuf est une exception contractuelle, pas une règle.
La responsabilité civile d'exploitation. Elle répare les dommages que vous, vos salariés ou vos locaux causez à autrui dans le cadre de la vie courante de l'entreprise : un visiteur qui chute sur un sol fraîchement lavé, un dégât des eaux parti de votre kitchenette vers le plateau du dessous, un stagiaire qui renverse un café sur l'ordinateur d'un client. Elle ne se confond pas avec la responsabilité civile professionnelle, qui répond des fautes commises dans la prestation elle-même : la frontière est détaillée dans le guide de la RC Pro.
La perte d'exploitation. Un bureau inutilisable, ce sont des loyers et des salaires qui continuent pendant que le chiffre d'affaires s'arrête. L'article 1722 du code civil est sans ambiguïté : si le local loué est détruit en totalité par cas fortuit, le bail est résilié de plein droit ; s'il ne l'est qu'en partie, le preneur peut demander une diminution du prix ou la résiliation. Et le texte ajoute : « Dans l'un et l'autre cas, il n'y a lieu à aucun dédommagement. » Cette phrase règle les rapports entre bailleur et preneur : le bailleur ne vous doit rien pour l'activité perdue. Un recours contre un tiers dont la faute est établie — un voisin, une entreprise intervenante — reste possible, mais il suppose un responsable identifié, une faute prouvée et un débiteur solvable ; la garantie perte d'exploitation, elle, paie sans attendre l'issue du litige. Le dimensionnement du capital et de la période d'indemnisation est détaillé dans perte d'exploitation : combien assurer.
Les données et les archives. La garantie frais de reconstitution de supports et de données prend en charge le coût de ressaisie et de restauration après un sinistre matériel. Elle n'a rien à voir avec une garantie cyber : elle suppose un dommage matériel au support, pas une intrusion.
Bureau loué, acheté, installé chez soi ou en coworking : qu'est-ce qui change ?
Ce n'est pas la surface du bureau qui change les besoins d'assurance, c'est le titre d'occupation : un bail commercial, un bail professionnel, une convention d'occupation précaire, un lot de copropriété ou un contrat de prestation de coworking ne créent ni les mêmes obligations, ni les mêmes trous de couverture. Repérez d'abord votre ligne, le reste en découle.
| Comment vous occupez le bureau | Ce qui crée l'obligation | Le point à vérifier en priorité |
|---|---|---|
| Bail commercial | La clause d'assurance du bail. Le statut (articles L. 145-1 et suivants du code de commerce) n'impose rien en lui-même. | Les intitulés exacts de garanties exigés par l'article « Assurances », et la renonciation réciproque à recours si le bail en prévoit une. |
| Bail professionnel | La clause du bail. L'article 57 A de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986 fixe une durée d'au moins six ans, le locataire pouvant donner congé à tout moment avec six mois de préavis. | Qui assure les aménagements existants à l'entrée, et l'état des lieux qui les décrit. |
| Bail dérogatoire de courte durée | La clause du bail. L'article L. 145-5 du code de commerce plafonne la durée totale des baux successifs à trois ans. | La date d'effet du contrat d'assurance : elle doit couvrir toute la période d'occupation, y compris la phase d'installation. |
| Bureau dont vous êtes propriétaire, en copropriété | L'article 9-1 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 : chaque copropriétaire doit s'assurer contre les risques de responsabilité civile dont il répond, et le syndicat pour les siens. | La frontière entre la police de l'immeuble et la vôtre, et ce que le règlement de copropriété autorise comme usage. |
| Bureau installé dans votre résidence principale | Aucune obligation née du bureau lui-même : celles qui existent tiennent au logement — l'article 7 g) de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 si vous y êtes locataire, l'article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965 si vous en êtes copropriétaire. S'y ajoute l'obligation de déclarer la circonstance nouvelle sous quinze jours (article L. 113-2, 3° du code des assurances). | Ce que la multirisque habitation exclut dès qu'il y a activité professionnelle, matériel professionnel ou réception de visiteurs. |
| Poste en coworking ou bureau partagé | Le contrat de prestation de services signé avec l'exploitant, qui exige presque toujours une attestation. | Le matériel nomade : il est hors de vos murs par définition, et rarement couvert sans extension. |
Deux conséquences pratiques. D'abord, un bureau en bail commercial fait entrer dans le jeu toute la mécanique de la clause résolutoire et de l'attestation annuelle, détaillée dans l'assurance obligatoire en bail commercial. Ensuite, un bureau en copropriété impose de lire le règlement avant de signer : une clause d'habitation bourgeoise exclusive interdit l'exercice de toute profession dans les lots concernés. Occuper les lieux contre le règlement ne vous expose pas seulement à une action du syndicat des copropriétaires : cela revient aussi à décrire à l'assureur un usage qui n'est pas le vôtre, avec à la clé la réduction d'indemnité de l'article L. 113-9 du code des assurances si l'inexactitude est découverte après sinistre, ou la nullité de l'article L. 113-8 si la mauvaise foi est établie.
Combien de capitaux faut-il déclarer pour un bureau ?
Déclarez trois lignes en valeur de remplacement au jour de la souscription : les aménagements que vous avez financés, le matériel informatique et audiovisuel, le mobilier et les archives. La somme de ces trois lignes est le capital « contenu » qui plafonne votre indemnité et qui sert de référence à la règle proportionnelle.
L'article L. 121-5 du code des assurances est le texte à connaître avant de remplir le formulaire : « S'il résulte des estimations que la valeur de la chose assurée excède au jour du sinistre la somme garantie, l'assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent, et supporte, en conséquence, une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire. » Traduction chiffrée : un contenu déclaré à 30 000 € alors qu'il en vaut 60 000 € au jour du sinistre, c'est une indemnité réduite de moitié sur chaque dommage, y compris un dommage partiel de 4 000 €. La réserve finale compte : certains contrats dérogent expressément à cette règle proportionnelle, d'autres non — la réponse est dans vos conditions particulières, jamais dans la plaquette commerciale.
La méthode qui tient en vingt minutes
Ouvrez trois onglets et additionnez. Un : vos factures de travaux d'agencement depuis l'entrée dans les lieux, TVA comprise si vous ne la récupérez pas. Deux : l'inventaire du parc informatique au prix qu'il coûterait à racheter aujourd'hui, pas au prix payé ni à la valeur nette comptable. Trois : le mobilier, les archives papier et les fournitures. N'oubliez pas ce qui est en leasing ou en location financière : le bien ne vous appartient pas, mais le contrat vous en confie la garde et vous en rend débiteur en cas de perte.
Deux précisions comptent pour un bureau. Les biens confiés — un dossier client, un disque dur, du matériel laissé en dépôt — ne sont pas votre contenu : ils se déclarent à part et relèvent d'une garantie spécifique. Et le matériel nomade, celui qui sort du bureau dans un sac, quitte le périmètre du contrat dès qu'il franchit la porte : la garantie hors les murs est une extension, jamais un acquis. La page produit détaille ce partage dans les sections combien de capitaux déclarer et matériel nomade, et la mécanique complète de la réduction d'indemnité est démontrée chiffre par chiffre dans capitaux déclarés et règle proportionnelle.
Quels sinistres frappent réellement un bureau ?
Quatre familles reviennent : le dégât des eaux venu d'un autre lot, la surtension ou la panne électrique qui grille le matériel, le vol d'ordinateurs et d'écrans, et l'événement climatique ou l'incendie qui rend le plateau inutilisable. Chacune se règle avec une garantie différente, et surtout avec un délai de déclaration différent.
L'eau, le sinistre qui arrête un plateau de bureaux
Une colonne qui fuit à l'étage, un ballon d'eau chaude qui lâche pendant un week-end, une infiltration par la toiture-terrasse : l'eau descend, traverse les faux plafonds, détruit le câblage, les prises réseau et les moquettes avant d'atteindre les machines. La question du responsable et du payeur, y compris entre lots d'un même immeuble, est traitée dans dégât des eaux : qui paie quoi. Pour un bureau, l'enjeu réel n'est pas le mètre carré de moquette : c'est le temps d'arrêt.
L'électricité, le sinistre que la garantie incendie ne couvre pas toujours
Surtension après un orage, court-circuit, coupure brutale : sans flamme, il n'y a pas d'incendie au sens du contrat, et le dommage relève d'une garantie distincte, souvent appelée dommages électriques, avec ses propres plafonds et son propre plafonnement par appareil. Le mécanisme est le même que chez les particuliers, décrit dans les dégâts électriques ; ce qui change dans un bureau, c'est le nombre d'appareils touchés simultanément par le même événement.
Le vol, et les conditions qui le conditionnent
La garantie vol d'un local professionnel est presque toujours subordonnée à des conditions de protection : nature des serrures, fermeture des ouvrants, alarme, parfois horaires. Ces conditions ne sont opposables que si elles respectent deux textes. L'article L. 112-4 du code des assurances exige que les clauses édictant des nullités, des déchéances ou des exclusions soient mentionnées en caractères très apparents. L'article L. 113-1 ajoute que les exclusions ne valent que si elles sont formelles et limitées. Lisez-les avant, pas après : les gestes de la première heure après un cambriolage sont détaillés dans cambriolage : les étapes de l'indemnisation.
La franchise catastrophe naturelle, celle que vous ne négocierez pas
C'est la seule franchise d'un contrat professionnel qui soit fixée par la réglementation et non par la négociation. Pour les biens à usage professionnel, l'article A. 125-6-2 du code des assurances, en vigueur depuis le 1er janvier 2024, la fixe à 10 % du montant des dommages matériels directs non assurables, par établissement professionnel et par événement, sans pouvoir être inférieure à 1 140 € — minimum porté à 3 050 € pour les mouvements de terrain différentiels consécutifs à un phénomène de sécheresse et de réhydratation des sols.
Deux précisions à lire avant de signer. D'abord, ces montants sont des planchers : si votre contrat prévoit une franchise plus élevée, c'est elle qui s'applique, dans la limite d'un plafond de 10 000 €. Le chiffre qui vous sera opposé après une inondation est donc celui de vos conditions particulières, pas le minimum réglementaire : allez le vérifier. Ensuite, ce texte a changé de support : l'annexe qui portait historiquement ces montants a été abrogée au 1er janvier 2024, et c'est aujourd'hui l'article A. 125-6-2 qui fait foi — méfiez-vous des sources en ligne qui citent encore l'ancienne référence.
Votre bureau, couvert pour ce qu'il contient vraiment.
Multirisque professionnelle en ligne : risques locatifs, aménagements, matériel informatique, RC exploitation et perte d'exploitation. L'attestation est établie par l'assureur une fois le contrat pris d'effet.
Le bureau est chez moi : mon assurance habitation suffit-elle ?
Non, et le premier problème n'est pas l'assurance : c'est l'autorisation. Installer un bureau dans son logement se heurte d'abord au règlement de copropriété ou au bail d'habitation, ensuite aux règles d'usage des locaux, et seulement après à la question de la garantie. Prenez les trois dans cet ordre : une occupation irrégulière ne se rattrape par aucun contrat.
L'usage du local. L'article L. 631-7 du code de la construction et de l'habitation ne s'applique qu'aux communes dont la liste est fixée par décret, et il n'y crée pas un régime d'autorisation automatique : dans ces communes, le changement d'usage d'un local d'habitation peut être soumis à autorisation préalable, sur décision de l'organe délibérant de la collectivité. Première vérification, donc, avant toute autre : votre commune figure-t-elle sur la liste, et a-t-elle délibéré ? La mairie répond en un appel.
L'article L. 631-7-3 ouvre par ailleurs une porte qu'il faut citer en entier, parce que sa première condition est la plus souvent oubliée : « Dès lors qu'aucune stipulation contractuelle prévue dans le bail ou le règlement de copropriété ne s'y oppose, l'exercice d'une activité professionnelle, y compris commerciale, est autorisé dans une partie d'un local à usage d'habitation, dès lors que l'activité considérée n'est exercée que par le ou les occupants ayant leur résidence principale dans ce local et ne conduit à y recevoir ni clientèle ni marchandises. » Trois verrous, donc, et non un seul : le bail ou le règlement de copropriété d'abord, l'exercice par les seuls occupants ensuite, l'absence de clientèle et de marchandises enfin. Recevoir des clients chez soi fait sortir du texte : c'est le point qui bascule un dossier. Le dernier alinéa de l'article étend ces dispositions aux représentants légaux des personnes morales.
La domiciliation. Domicilier l'entreprise à son domicile et y exercer sont deux choses distinctes. L'article L. 123-11-1 du code de commerce permet au représentant légal d'installer le siège chez lui ; lorsqu'une disposition législative ou une stipulation contractuelle — bail, règlement de copropriété — s'y oppose, la domiciliation reste possible mais pour une durée qui ne peut excéder cinq ans, sans activité effective dans les lieux.
L'assurance, enfin. L'article L. 113-2, 3° du code des assurances oblige l'assuré à déclarer en cours de contrat « les circonstances nouvelles qui ont pour conséquence soit d'aggraver les risques, soit d'en créer de nouveaux », par lettre recommandée ou par envoi recommandé électronique, dans un délai de quinze jours à partir du moment où il en a eu connaissance. L'article L. 113-4 donne alors à l'assureur le choix entre proposer un nouveau montant de prime et résilier le contrat. Ne pas déclarer, c'est s'exposer à la réduction proportionnelle d'indemnité de l'article L. 113-9 si l'inexactitude est découverte après sinistre, ou à la nullité de l'article L. 113-8 si la mauvaise foi est établie.
Sur le fond, trois éléments sortent du périmètre d'une multirisque habitation même déclarée : le matériel professionnel au-delà de ce que le contrat accepte, les biens confiés par des clients, et la responsabilité civile d'exploitation vis-à-vis des visiteurs professionnels. Le détail de ce que la multirisque habitation laisse de côté dès qu'une activité s'installe dans le logement est traité dans travailler à domicile : ce que la MRH ne couvre pas. Le sujet vu côté salarié en télétravail — un cas très différent, puisque l'employeur reste responsable — est traité dans télétravail et assurance habitation. La page produit consacre une section au bureau installé au domicile.
En coworking ou en bureau partagé, l'assurance de l'exploitant me couvre-t-elle ?
Non pour ce qui vous appartient et pour ce que vous causez. L'exploitant assure les murs, ses propres aménagements et sa responsabilité ; votre matériel, vos données, votre responsabilité civile d'exploitation et votre responsabilité professionnelle restent intégralement à votre charge. C'est d'ailleurs pourquoi le contrat de prestation d'un espace partagé réclame, en règle générale, une attestation à l'entrée.
Le contrat de coworking n'est pas un bail : c'est une prestation de services, qui ne vous donne ni droit au bail, ni jouissance exclusive d'un local déterminé. Conséquence directe sur l'assurance : la garantie des risques locatifs, qui suppose un local loué dont vous répondez, perd son objet, tandis que deux autres garanties deviennent centrales.
Le matériel nomade. En coworking, tout le matériel est nomade par construction : il arrive le matin dans un sac et repart le soir. Or la garantie de base d'un contrat professionnel couvre les biens à l'adresse déclarée. Un portable volé dans le train, oublié dans un taxi ou dérobé pendant une pause-déjeuner relève d'une extension « hors les murs », avec ses propres plafonds et, presque toujours, l'exigence d'un vol par agression ou par effraction caractérisée.
La responsabilité civile d'exploitation. Renverser un liquide sur le matériel d'un voisin de table, endommager un équipement de l'espace, blesser quelqu'un en déplaçant un meuble : ces dommages engagent votre responsabilité sur le fondement des articles 1240 et 1242, alinéa 1er, du code civil, et l'exploitant se retournera contre vous. Son assureur y est même autorisé par l'article L. 121-12 du code des assurances, qui le subroge dans les droits de l'assuré indemnisé contre le tiers responsable.
Un dernier point technique, souvent ignoré : si vous cumulez plusieurs contrats couvrant le même intérêt contre le même risque — une extension nomade et un contrat d'un autre assureur, par exemple —, l'article L. 121-4 du code des assurances impose de donner immédiatement à chaque assureur connaissance des autres assureurs, en indiquant leur nom et la somme assurée. Ce que dit exactement la suite du texte mérite d'être connu, parce qu'elle est moins brutale qu'on ne le croit et plus dangereuse qu'on ne l'imagine. Sans fraude, le cumul n'annule rien : chaque contrat produit ses effets dans les limites de ses garanties et dans le respect du principe indemnitaire de l'article L. 121-1, et vous pouvez vous adresser à l'assureur de votre choix, la répartition se réglant ensuite entre assureurs. Avec une intention de fraude — se faire indemniser deux fois du même dommage —, ce sont les sanctions de l'article L. 121-3, premier alinéa, qui s'appliquent : nullité, et dommages-intérêts. Déclarer le cumul ne vous coûte donc rien ; le dissimuler peut coûter le contrat.
Vous emménagez dans un bureau la semaine prochaine : que faire, dans quel ordre ?
Six gestes, dans cet ordre : lire la clause d'assurance, faire l'état des lieux, chiffrer les trois lignes de capitaux, décrire l'activité en entier, caler la date d'effet sur la remise des clés, puis transmettre l'attestation au bailleur ou à l'exploitant. Vous répondez du local dès que vous en avez la jouissance, au sens de l'article 1732 du code civil — pas au jour de l'ouverture.
- Ouvrez le bail à l'article « Assurances » et recopiez les intitulés exigés. Ce sont eux, mot pour mot, qui devront figurer sur l'attestation remise au bailleur.
- Exigez l'état des lieux d'entrée, et lisez bien qui il protège. L'article 1731 du code civil pose la règle de droit commun : à défaut d'état des lieux, le preneur est présumé avoir reçu les locaux en bon état de réparations locatives et doit les rendre tels, sauf preuve contraire. Mais en bail commercial, l'article L. 145-40-1 du code de commerce impose l'état des lieux à la prise de possession comme à la restitution, et son dernier alinéa retourne la sanction contre le bailleur : « Le bailleur qui n'a pas fait toutes diligences pour la réalisation de l'état des lieux ne peut invoquer la présomption de l'article 1731 du code civil. » Conclusion pratique : ne laissez pas passer l'état des lieux, mais gardez la trace écrite de vos relances — c'est elle qui établira, le jour de la sortie, de quel côté la négligence se situait. Et pour l'assurance, l'état des lieux reste le seul document qui sépare les aménagements que vous avez financés de ceux que vous avez trouvés.
- Chiffrez les trois lignes : aménagements financés par vous, matériel informatique et audiovisuel, mobilier et archives — en valeur de remplacement, pas en valeur nette comptable.
- Décrivez l'activité en entier, activités secondaires comprises, et signalez la réception de visiteurs ou de clients dans les locaux : c'est ce qui déclenche la RC exploitation.
- Fixez la date d'effet au jour de la remise des clés, et non au jour du premier jour travaillé. Entre les deux, le plateau est déjà sous votre garde et les travaux d'installation y sont déjà commencés.
- Transmettez l'attestation au gestionnaire ou à l'exploitant en indiquant l'article du contrat auquel elle répond. Les mentions qu'un bailleur contrôle, ligne par ligne, sont détaillées dans l'attestation d'assurance réclamée par le bailleur.
Si l'activité exercée dans le bureau vous expose à des réclamations de clients — conseil, études, prestations intellectuelles, gestion pour compte de tiers —, la multirisque du local ne suffit pas : il faut y adosser une responsabilité civile professionnelle, dont le niveau de plafond se raisonne à part, comme l'explique choisir le plafond de sa RC Pro. Comparez les périmètres sur la page RC Pro et sur la page multirisque professionnelle, ou tranchez directement avec RC Pro ou multirisque professionnelle : comment choisir.
Qu'est-ce qui fait sauter la garantie d'un bureau le jour du sinistre ?
Cinq erreurs reviennent : des capitaux figés à leur niveau d'ouverture, une activité décrite trop étroitement, la perte d'exploitation jugée superflue, le matériel nomade laissé hors extension, et les conditions de protection du local jamais relues. Aucune ne se voit à la souscription ; toutes se paient à l'indemnisation.
1. Les capitaux figés
Un bureau grossit par accumulation : deux écrans, un serveur, une salle de réunion équipée, une cloison supplémentaire. La déclaration initiale, elle, ne bouge pas. Au jour du sinistre, la règle proportionnelle de l'article L. 121-5 du code des assurances s'applique sur l'écart constaté à cette date, sauf convention contraire prévue au contrat.
2. L'activité décrite trop étroitement
Ajouter une prestation, ouvrir une salle de formation, accueillir du public dans un bureau déclaré sans réception de clientèle : ce sont des circonstances nouvelles au sens de l'article L. 113-2, 3°, à déclarer sous quinze jours. Découverte après sinistre, la déclaration inexacte entraîne la réduction de l'indemnité « en proportion du taux des primes payées par rapport au taux des primes qui auraient été dues » (article L. 113-9), et la nullité si la mauvaise foi est établie (article L. 113-8).
3. La perte d'exploitation jugée superflue
C'est la garantie que l'on retire du devis pour en baisser le prix, et la seule qui paie le loyer et les salaires quand le plateau est inaccessible. Elle se dimensionne sur la marge brute et sur une période d'indemnisation choisie à l'avance : c'est cette durée, et non le montant, qui fait la différence entre un arrêt absorbé et un arrêt fatal.
4. Le matériel nomade hors extension
La garantie de base couvre les biens à l'adresse du risque déclarée. Tout ce qui sort — portable, appareil photo, matériel de démonstration — demande une extension explicite, avec son plafond propre et ses conditions de vol. Vérifiez la formulation exacte avant de compter dessus.
5. Les conditions de protection jamais relues
Serrures, fermeture des ouvrants, mise en service d'une alarme, présence dans les lieux : ces conditions figurent aux conditions particulières et conditionnent la garantie vol. Elles ne sont opposables que si elles sont rédigées en caractères très apparents (article L. 112-4 du code des assurances) et, s'agissant d'exclusions, formelles et limitées (article L. 113-1). Le vocabulaire technique de ces clauses est repris dans le glossaire.
Vos questions sur l'assurance d'un bureau
L'obligation ne vient jamais du bureau lui-même ; les capitaux déclarés décident de l'indemnité réelle ; et un bureau installé chez soi se déclare à l'assureur sous quinze jours.
L'assurance d'un bureau professionnel est-elle obligatoire ?
Aucune loi ne rend obligatoire l'assurance d'un bureau en tant que tel. L'obligation vient d'ailleurs : de la clause d'assurance du bail, de l'article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965 qui impose à chaque copropriétaire de s'assurer en responsabilité civile, du contrat de prestation d'un espace de coworking, ou d'une obligation d'assurance propre à l'activité exercée. S'y ajoute la pression des articles 1732 et 1733 du code civil, qui présument le locataire responsable des dégradations et de l'incendie du local loué.
Que faut-il déclarer comme capitaux pour un bureau ?
Trois lignes, en valeur de remplacement à neuf au jour de la déclaration : les aménagements que vous avez financés (cloisons, sols, électricité, câblage, climatisation, serrurerie), le matériel informatique et audiovisuel, le mobilier et les archives. L'enjeu est l'article L. 121-5 du code des assurances : si la valeur réelle excède la somme garantie au jour du sinistre, l'assuré reste son propre assureur pour l'excédent et supporte une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire prévue au contrat.
Un bureau installé à mon domicile est-il couvert par mon assurance habitation ?
Pas automatiquement. Installer l'activité chez soi est une circonstance nouvelle au sens de l'article L. 113-2, 3° du code des assurances : elle doit être déclarée à l'assureur habitation dans les quinze jours à compter du moment où l'assuré en a eu connaissance, l'assureur pouvant alors proposer un nouveau tarif ou résilier dans les conditions de l'article L. 113-4. Le matériel professionnel, les biens confiés par des clients et la responsabilité civile d'exploitation relèvent en pratique d'un contrat professionnel, pas de la multirisque habitation.
En coworking, l'assurance de l'exploitant me couvre-t-elle ?
Non pour ce qui vous appartient et pour ce que vous causez. L'exploitant assure les murs, ses aménagements et sa propre responsabilité ; votre matériel, vos données, votre responsabilité civile d'exploitation et votre responsabilité professionnelle restent à votre charge. La plupart des contrats de prestation de coworking exigent d'ailleurs une attestation d'assurance à l'entrée, au même titre qu'un bail.
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